Ce que j’en pense: Le degré zéro de l’humanité
Par Moncef Wafi
50% être humain, 50% bête de foire, 100% inutile. Ce sont les caractéristiques chiffrées des influenceur-se-s qui polluent la planète. Des êtres nuisibles qui squattent les réseaux sociaux, s’accrochant aux bulles existantes, s’invitant dans les sujets qui ne les concernent pas, se proclamant experts ex nihilo pour parasiter les débats d’actualité. Ils parlent de sport, de politique, d’économie, de religion ou de reproduction des langoustes d’Adrar avec un aplomb terrifiant. Des certitudes exhalées qui font trembler même l’Himalaya pourtant bien ancrée dans ses fondements. Des êtres évoqués par le Coran, il y a 1446 ans, des insignifiants qui parlent d’affaires publiques, élevant les uns, rabaissant les autres à leurs convenances. Umberto Eco avait écrit à leur propos : «Les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole à des légions d’imbéciles qui avant ne parlaient qu’au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel».
En Algérie, cette espèce pousse abondamment comme des orties pour certains, des champignons vénéneux pour d’autres, à l’affût du moindre subside, se vendant pour un pot de yaourt ou une paire de bas. Dépourvu d’amour propre, d’éducation et de savoir-vivre, la majorité de ces fils et filles du Net sont devenu-e-s des stars à part entière, des personnalités, des faiseurs et faiseuses d’opinion, selon les définitions en vogue, reléguant au dernier rang les véritables érudits. La faute à des voyeurs, des mous du bulbe et des assassins du temps. Ça parle alors de nutrition comme ça parle de fard à paupière ; ça raconte l’histoire d’une Révolution comme ça raconte une blague de mauvais goût ; ça distribue des conseils sur tout et rien, surtout sur rien, comme ça distribue des «like» et des «j’aime» ; ça transpire nombre d’abonnés et ça respire nombre de vues.
Cette engeance entre par effraction et sort avec des infractions, partageant son petit déj, kahwa hlib et mille-feuille sabeh. Se pavanant dans les atours de la voisine et posant devant la voiture du cousin. Des vies vides, des existences futiles et inutiles qui résonnent dans l’insondable abysse de la déprime.