Il a donné un concert au TRO : Chaou ou les effluves de la vie citadine

Le Théâtre d’Oran, par son architecture fascinante, fondée en 1883, se dresse comme un sanctuaire culturel au style baroque. L’édifice séraphique évoque une élégance intemporelle.

Ces dernières années, l’art de la dramaturgie s’est enrichi d’une créolisation magique, intégrant la musique chaâbi et andalouse.
Dans ce décor intérieur, où fresques et moulures s’entrelacent, Chaou, le chanteur au long parcours, avance sous les applaudissements. Élégamment habillé, l’esquisse de son salut à son public déclenche un écho de passion qui s’embrase. La mélodie d’Abdelkader est une étoile qui illumine la danse du public. Avec sa mandole, le musicien-chanteur s’élève. Son répertoire musical, tels que «kahwa we latay», «yaladra», envoûte et fait que chaque verbe se marie avec une cadence harmonieuse permettant au public de se défouler.
L’air musical de la chansonnette chaâbi dévoile la joie des bonnes gens venus se délecter de la douce symphonie.
Dans celle de Chaou, le verbe a un pouvoir pour s’allier à des sens métaphoriques.
J’ajouterai que c’est un surgissement de la conscience subjective. Dans ce sublime message mélodieux, l’altérité devient un océan empathique. On peut dire que le concert de Chaou a agréablement résonné avec la Journée mondiale de la Poésie, nous rappelant, sans emphase, que l’éveil du sens métaphorique dans l’expression langagière éduquée s’érige en chant de désaliénation pour la raison humaine. Dans la chansonnette de Chaou, qui amorce le sens des quassidates, la touche féminine est galvanique. À cet égard, nous pouvons rendre hommage aux femmes qui ont consolidé le chemin de l’émancipation dans l’éthique de la rencontre lors du concert.
La touche féminine, telle une étincelle, enflamme la raison de l’être et trace le chemin vers la résonance subjective, qui ne dualise pas le rapport homme/femme en faisant forclore la dimension subjective. J’ouvre cette petite parenthèse puisque la chanson chaâbi fertilise les voies féminines.
Peut-on prétendre aborder l’écriture féminine, sans massacrer la subjectivité par une détérioration du combat femmelique? Le sens mélodieux de Chaou ne vibre-t-il pas d’invention de soi pour nous faire réfléchir sur le refoulement de la féminité, qui concerne les deux sexes ?
Je ferme la parenthèse pour dire que la chansonnette de Chaou est un hymne à la pacification des mœurs, qui permet au citoyen de renouer avec la vie citadine. Le répertoire du chaâbi favorise le surgissement de soi. De nos jours, la logique de l’emprise d’un certain rai, avec son tintamarre et sa salade de mots, traduit une précarité psychique. Cela nous rappelle les paroles du maître de la chanson chaâbi de Mostaganem, « min katrou chyoukh el fen qlal ». Pour le dire autrement, certaines personnes s’improvisent rapidement musiciens et de ce fait l’art musical bat de l’aile.
Enfin, la soirée musicale de ce samedi a signé un nectar de créativité.
Adnan Hadj Mouri

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