Gastronomie oranaise : Un patrimoine culinaire à préserver

Oran la radieuse est aussi savoureuse. Ville côtière au patrimoine culinaire foisonnant, elle voit aujourd’hui sa gastronomie traditionnelle confrontée aux puissantes vagues de la mondialisation, accélérées par internet et l’émergence de cuisines étrangères sur son territoire.

La gastronomie oranaise est un art du quotidien, un héritage vivant transmis de génération en génération. Elle s’inscrit dans un métissage unique, entre Méditerranée et Afrique du Nord, où les saveurs se répondent, se complètent, se racontent. H’rira aux parfums de coriandre, tajine aux pruneaux doucement caramélisés, berkoukes à la sauce épicée, paella revisitée à l’oranaise, karantica (ou calientica) chaude et fondante sortie du four… Chaque plat incarne une mémoire familiale, populaire et locale. A cela s’ajoute une tradition pâtissière précieuse. Le créponné, ce sorbet au citron à la texture presque mousseuse, est une signature estivale de la ville. Quant à la mouna (ou lamona), brioche aux zestes d’orange, elle continue de symboliser les échanges culturels de la région.
Mais aujourd’hui, la gastronomie oranaise doit relever un défi de taille : préserver son identité dans un monde où les cultures circulent à la vitesse d’un clic. Internet, en démocratisant l’accès à une infinité de recettes, bouleverse les habitudes. Les jeunes générations, très connectées, s’enthousiasment pour les vidéos de chefs étrangers, les «food hacks» sur TikTok, et les tendances mondiales : ramen japonais, burgers gourmets, tacos mexicains ou encore «loaded fries» américaines.Dans les rues d’Oran, le changement est visible : les enseignes turques, indiennes, chinoises, italiennes ou mexicaines fleurissent. Le shawarma rivalise désormais avec les plats traditionnels. La pizza napolitaine tente de supplanter la galette ancestrale. Ce phénomène ne serait pas problématique en soi si ces influences cohabitaient harmonieusement avec la cuisine locale. Face à ces bouleversements, les chefs oranais sont partagés. Fatima, cuisinière dans une gargote populaire implantée dans la rue Khemisti, au centre-ville, observe : «Les jeunes veulent du fast-food, ils n’ont plus la patience d’attendre une h’rira mijotée. Mais ceux qui reviennent à la tradition disent toujours que rien ne vaut la cuisine de leurs mères».
D’autres misent sur la réinvention. Au quartier de Miramar, un jeune chef oranais propose une version moderne de la carantica, garnie de légumes grillés et servie comme un burger végétarien. Un pari audacieux, mais bien accueilli par une clientèle avide de nouveautés… sans renier ses racines. Les spécialistes de la culture alimentaire insistent sur l’importance de documenter et valoriser la cuisine oranaise avant qu’elle ne commence à s’effacer. Des initiatives commencent à voir le jour : ateliers de cuisine traditionnelle dans les maisons de jeunes, chaînes YouTube consacrées aux recettes ancestrales, festivals culinaires mettant à l’honneur les plats du terroir. Car au-delà du simple goût, il s’agit d’un patrimoine immatériel précieux.
Entre tradition et modernité, la gastronomie oranaise se trouve à la croisée des chemins. Ni repli nostalgique, ni abandon identitaire, l’avenir semble passer par une hybridation intelligente : préserver l’âme des plats d’antan, tout en s’ouvrant aux influences du monde. A Oran, le goût du métissage est dans l’ADN, il reste à en faire une force créative et résiliente.
G. Salima

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