Emploi, formation, loisirs : La jeunesse oranaise entre précarité et espoir

A Oran, capitale de l’Ouest algérien, la jeunesse constitue une part importante de la population, avec plus de 60 % des habitants âgés de moins de 35 ans. Ce dynamisme démographique, loin de garantir des opportunités, met en lumière les nombreux défis auxquels les jeunes font face, que ce soit en matière d’emploi, de loisirs ou d’éducation. Dans une société en mutation, ces problématiques reflètent les inégalités économiques et le manque de planification adaptée.
Le chômage des jeunes reste une problématique majeure à Oran, reflétant une tendance nationale. En 2023, le taux de chômage des 15-24 ans s’élevait à environ 31%, bien au-dessus de la moyenne nationale (14,1 %). À Oran, la situation est accentuée par l’afflux de diplômés des universités locales, comme l’Université Oran 1 et l’USTO, qui peinent à trouver des débouchés.

Le secteur informel, qui représente une part importante de l’économie algérienne (environ 30% du PIB), absorbe une grande partie de cette main-d’œuvre. Karim, un jeune diplômé en économie, témoigne : «Après des mois de recherche, j’ai fini par accepter un travail comme livreur. Ce n’est pas ce que j’espérais, mais c’est ça ou rester chez moi !»
Parallèlement, les programmes étatiques, comme l’ANEM ou l’ANSEJ, qui offrent des aides pour la création d’entreprises, peinent à répondre aux attentes, notamment en raison des lourdeurs administratives et du manque d’accompagnement.
Par ailleurs, bien que dotée d’un riche patrimoine culturel et touristique, Oran n’offre que peu de loisirs structurés pour sa jeunesse. Les infrastructures, comme les salles de sport, les bibliothèques ou les espaces verts, sont insuffisantes ou mal entretenues. Le front de mer, lieu prisé pour les sorties en famille ou entre amis, reste une exception dans une ville où les opportunités de loisirs sont rares.
Les loisirs modernes, tels que les salles de cinéma ou les centres de jeux, se concentrent souvent dans des quartiers comme Bir El Djir ou Es Sénia, et restent inaccessibles aux jeunes des quartiers populaires comme El Hamri ou Derb. Cette absence d’options alimente un sentiment d’ennui et pousse certains vers des pratiques comme les courses informelles de motos ou les rassemblements nocturnes, souvent mal perçus par les autorités.

Des initiatives prometteuses

L’éducation est souvent perçue comme une solution aux inégalités, mais elle est aussi source de frustration pour les jeunes oranais. Malgré la gratuité et l’universalité du système éducatif algérien, des failles persistent. Les classes sont surchargées, et les équipements dans certaines écoles secondaires d’Oran, notamment dans des quartiers comme Belgaïd, laissent à désirer.
Les universités, bien qu’elles accueillent chaque année des milliers d’étudiants, souffrent d’un déficit en matière de qualité d’enseignement et de connexion avec le marché du travail. En 2023, un rapport du ministère de l’Enseignement supérieur révélait que plus de 50 % des diplômés algériens ne trouvent pas d’emploi dans leur domaine d’études. Les filières scientifiques et techniques, pourtant essentielles au développement économique, attirent de moins en moins d’étudiants, au profit de filières saturées comme le droit ou les sciences humaines.
Face à ces défis, des initiatives émergent. Des associations locales organisent des formations en entrepreneuriat, des événements culturels et des activités sportives pour les jeunes. Par ailleurs, des startups, souvent portées par des jeunes entrepreneurs, explorent des secteurs innovants comme le numérique ou l’agriculture biologique.
Sur le plan étatique, des projets comme le promettent d’améliorer les infrastructures éducatives et culturelles. Toutefois, ces annonces restent souvent à l’état de promesses, alimentant le scepticisme chez une population en quête de résultats concrets.
Malgré les obstacles, la jeunesse oranaise demeure une force vive, pleine d’espoir et d’ambition. Dans une ville où l’histoire côtoie l’innovation, le potentiel est immense, mais il nécessite un soutien accru de la part des autorités locales et nationales. Les jeunes d’Oran ne demandent qu’une chose : les moyens de construire leur avenir.

O.A Nadir

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