« Or rouge »: La culture du safran en voie de structuration

La culture du safran en Algérie connaît une dynamique nouvelle qui tend à l’ériger en véritable filière agricole structurée. Longtemps limitée à des initiatives personnelles et à de petites exploitations familiales réparties dans plusieurs wilayas, cette activité bénéficie désormais d’un cadre organisé, soutenu par une stratégie nationale récemment lancée pour développer la production de l’« or rouge», une épice rare et très prisée sur le marché international.
Selon le professeur Fatma Halouane, directrice centrale à la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique, la stratégie nationale « Safran DZ », initiée à l’École nationale supérieure agronomique (ENSA), joue un rôle déterminant en intégrant recherche scientifique, innovation et entrepreneuriat. Mise en place en septembre dernier sous l’égide des ministères de l’Enseignement supérieur et de l’Agriculture, elle vise à encadrer les agriculteurs et à valoriser une culture à forte valeur ajoutée, reconnue pour ses vertus nutritionnelles et médicinales.
Épice la plus chère au monde, le safran peut atteindre entre 5.000 et 10.000 dollars le kilogramme, notamment pour les variétés premium. La structuration de cette filière en Algérie ouvre ainsi des perspectives prometteuses à l’exportation. Trois stations pilotes ont été installées à Alger, Constantine et Ghardaïa pour tester l’ensemble de la chaîne de production. À l’ENSA, les récoltes ont dépassé les prévisions, avec une moyenne de 1.700 fleurs par jour sur une dizaine de jours, chaque bulbe produisant jusqu’à cinq fleurs et chaque fleur trois à cinq stigmates.
Le projet prévoit une montée en puissance progressive grâce à l’effet cumulatif des plantations et à l’amélioration des techniques culturales. Le CRSTRA souligne que plus de 222 producteurs sont déjà actifs dans le pays, avec des exploitations allant de petites parcelles à des champs de 3 à 4 hectares. L’Algérie participe également au projet euro-méditerranéen Prima SaffronFood, qui a confirmé la qualité premium du safran algérien, notamment grâce à un taux élevé de crocine (+19 %), équivalent aux standards des meilleurs safrans mondiaux.
Les essais pilotes ont montré que le safran s’adapte parfaitement aux conditions pédoclimatiques locales, en particulier dans les Hauts plateaux et les zones montagneuses. Les rendements oscillent entre 2 et 3 kg par hectare, pouvant atteindre 5 à 7 kg/ha dans les conditions favorables, notamment à Khenchela, considérée comme une région particulièrement propice.
Au-delà des stigmates, les pétales de la plante sont également exploités par les laboratoires pharmaceutiques pour la fabrication de médicaments et de produits de soins. L’ENSA envisage d’ailleurs un partenariat avec le groupe Saidal afin de valoriser ces sous-produits.
T. Feriel
