Accès des archives françaises aux Algériens : Stora plaide pour l’ouverture des « tiroirs fermés »

L’historien français Benjamin Stora a affirmé, mercredi dernier à Annaba, que l’ouverture des archives françaises aux chercheurs algériens devait être « complète et inconditionnelle », sans retard ni sélectivité.

Intervenant lors d’une masterclass organisée au musée archéologique d’Hippone, dans le cadre du 6e Festival du film méditerranéen, il a insisté sur la nécessité méthodologique et éthique de lever tous les obstacles administratifs et sécuritaires empêchant l’accès direct aux documents originaux.
Pour Stora, permettre aux universitaires algériens d’accéder aux archives militaires et politiques françaises est un « passage obligé » pour une lecture historique équitable, loin des visions unilatérales imposées par l’hégémonie archivistique française. Il a dénoncé le maintien de pans entiers de la mémoire commune dans des « tiroirs fermés » au nom de la sécurité nationale ou de la loi française sur les archives, y voyant un frein au projet de purification de la mémoire collective.
Il a ajouté que la transparence archivistique n’était pas seulement une exigence académique, mais un acte politique visant à libérer la vérité de toute instrumentalisation. La rétention des documents, selon lui, ne fait qu’alimenter les discours de haine nourris par les lacunes historiques.
La question de l’accès aux archives coloniales est au cœur des relations algéro-françaises depuis des décennies. Déjà en 1992, Stora publiait La gangrène et l’oubli, ouvrage qui dénonçait la mémoire sélective de la guerre d’Algérie en France. Depuis, plusieurs commissions mixtes ont été mises en place, notamment celle créée en 2021, mais les chercheurs algériens continuent de se heurter à des restrictions.
Stora a rappelé que les archives appartiennent « aux peuples » et doivent être accessibles aux générations futures des deux rives. Il a souligné que l’histoire de la révolution algérienne est devenue partie intégrante de l’histoire intérieure de la France, en raison des liens humains et sociaux tissés entre les deux pays.
Évoquant la production cinématographique pendant la guerre de libération, Stora a rappelé que la censure coloniale avait empêché toute représentation française de ce conflit. Du côté algérien, le manque de moyens limitait également la production. Il a cité les films anticoloniaux français comme Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier et R.A.S d’Yves Boisset, tout en saluant le travail de Mohamed Lakhdar Hamina, réalisateur de Le Vent des Aurès et Chronique des années de braise.
G. Salima

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