Dégradation des routes et accidents: La menace des camions en surcharge

Près d’un tiers du budget annuel du secteur des travaux publics — soit environ 30 % — part désormais dans la seule réparation d’un réseau routier national rongé par la surcharge des poids lourds, un phénomène que le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a qualifié samedi à Alger de menace directe pour la sécurité routière et les infrastructures du pays.

S’exprimant à l’ouverture d’une journée d’étude de sensibilisation sur les dangers de la surcharge des véhicules lourds, organisée par son ministère en coordination avec le commandement de la Gendarmerie nationale, M. Djellaoui a rappelé que l’Algérie dispose d’un réseau routier national long de 147 220 km, réalisé grâce à d’importants investissements publics. Le dépassement des charges légales autorisées figure, selon lui, parmi les principales causes de dégradation des routes, des ponts et des ouvrages d’art, réduisant leur durée de vie et provoquant des accidents meurtriers ainsi que des pertes matérielles considérables.
Cette alerte ministérielle intervient alors que les statistiques officielles pointent une responsabilité croissante des véhicules lourds dans l’accidentologie routière. Fatima Khellaf, chargée de communication à la Délégation nationale à la sécurité routière, a indiqué en fin d’année dernière que la période de janvier à octobre 2025 avait enregistré 3 223 accidents de la route, causant 3 256 décès et 31 998 blessés, en hausse sur tous les indicateurs par rapport à 2024 — accidents (+3,15 %), blessés (+4,42 %) et morts (+1,31 %). Elle a explicitement attribué cette dégradation à l’implication grandissante des véhicules lourds, au premier rang desquels les camions et les autocars de transport collectif. L’Inspection générale des finances a par ailleurs chiffré le coût économique global des accidents de la route à environ 230 milliards de dinars, un montant qui illustre l’ampleur des enjeux budgétaires et sociaux liés à ce dossier.
Le ministre a précisé que son secteur a adopté plusieurs mesures pour endiguer le phénomène, à commencer par l’intégration de la charge légale à l’essieu — fixée à 13 tonnes — dans la conception et la réalisation des routes, ainsi que le renforcement du dispositif de contrôle du poids à travers des stations fixes et mobiles. Le cadre juridique et réglementaire encadrant le transport de marchandises est également en cours de développement. Selon des informations rapportées par la presse, un texte d’application relatif aux stations de pesée prévoit désormais des sanctions renforcées, incluant des peines de prison et des amendes pouvant atteindre 200 000 dinars pour les transporteurs en infraction, un dispositif complété par la signature récente d’une convention pour doter les unités de la Gendarmerie nationale de balances mobiles.
M. Djellaoui a insisté sur la nécessité d’une coordination permanente entre les différents secteurs concernés — la Gendarmerie nationale, les ministères de l’Intérieur et des Collectivités locales, des Transports et de la Justice — couplée à une intensification des campagnes de sensibilisation destinées à ancrer, chez les professionnels du transport comme chez les usagers de la route, une culture de respect des charges légales. Il a également salué la signature de la convention équipant la Gendarmerie nationale de stations de pesée mobiles, y voyant une étape concrète pour renforcer la surveillance des infractions au poids et protéger le réseau routier.
En clôture de son intervention, le ministre a appelé l’ensemble des acteurs, professionnels du transport et usagers de la route à un respect strict des charges légales et des dispositions du nouveau code de la route, rappelant que la préservation des vies humaines et des infrastructures nationales relève d’une responsabilité collective nécessitant la mobilisation de tous.
T. Feriel

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