Tentative de mutinerie au Niger: L’Algérie solidaire avec Niamey

Des tirs d’armes automatiques et de lourdes explosions ont résonné toute la nuit de vendredi à samedi dans plusieurs quartiers stratégiques de Niamey, dont les abords immédiats du palais présidentiel et de l’aéroport international Diori-Hamani : c’est le bilan factuel, encore provisoire, de la tentative de mutinerie qui a frappé samedi 29 août la capitale nigérienne, quelques mois seulement après le réchauffement spectaculaire des relations entre Alger et Niamey.
Le ministère nigérien de la Défense a évoqué un mouvement parti de la base aérienne 101, où des militaires auraient dans un premier temps séquestré certains de leurs camarades avant d’étendre leurs tirs vers d’autres sites sensibles de la capitale, avant d’annoncer avoir repris progressivement le contrôle de la situation.
La réaction du ministère algérien des Affaires étrangères n’a pas tardé. Alger a suivi avec une attention toute particulière ces événements qualifiés de regrettables et vivement condamnés, assurant les plus hautes autorités nigériennes de sa pleine solidarité et de son soutien constant pour surmonter cette épreuve et permettre un retour rapide de la stabilité. Le communiqué a également renouvelé une condamnation ferme de ce type d’actes, jugés susceptibles de porter atteinte aux aspirations légitimes du peuple nigérien à la quiétude et au développement. Une réponse qui intervient dans le prolongement direct d’une séquence de réchauffement engagée depuis février, lorsque le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, le général Abdourahamane Tiani, avait effectué une visite de fraternité et de travail à Alger les 15 et 16 février 2026, mettant fin à une période de froid diplomatique consécutive à l’épisode du drone malien abattu en avril 2025.
Cette visite avait ouvert la voie à une accélération inédite de la coopération bilatérale, matérialisée en mars par la tenue à Niamey de la grande commission mixte, puis en juin par la réception à Alger d’une délégation nigérienne de six ministres, avec des projets concrets dans l’énergie, les infrastructures et la sécurisation des frontières communes.
Un rapprochement qui dérange
Jeudi dernier, le Premier ministre nigérien était encore à Alger. En effet, depuis plusieurs mois, les deux capitales ont multiplié les initiatives communes, notamment dans le domaine énergétique avec le projet de forage du champ pétrolier de Kafra et la modernisation de la raffinerie de Zinder, mais aussi dans le secteur électrique et surtout avec la relance du gazoduc transsaharien, infrastructure majeure qui doit relier le Nigeria, le Niger et l’Algérie vers l’Europe. Ce projet, considéré comme un pilier de l’intégration régionale, confère au Niger une importance stratégique accrue dans la politique énergétique algérienne.
C’est précisément ce rapprochement qui alimente, dans plusieurs cercles d’analystes et sur les réseaux sociaux, des interprétations selon lesquelles la tentative de mutinerie ne serait pas un simple incident de commandement militaire mais s’inscrirait dans une logique de déstabilisation visant à fragiliser le régime de Tiani au moment même où celui-ci consolide son axe avec Alger. Au pilori, l’axe israélien, émirati et marocain.
Les Émirats arabes unis ont, ces dernières années, accru leur présence sécuritaire et économique au Sahel, cherchant à déstabiliser le Sahel en créant des zones de tensions régionales. Par ailleurs, Le Niger avait rompu, à l’été 2025, un accord de renseignement avec le Maroc portant sur l’interception des communications, invoquant des soupçons d’ingérence étrangère liés à une société marocaine proche des services du makhzen. Derrière ces deux Etat vassaux, se profile Israël.
Pour autant, l’enjeu est double pour la diplomatie algérienne : sécuritaire, car l’instabilité au Niger menace directement ses frontières méridionales et risque d’alimenter les réseaux terroristes dans la région ; énergétique, car la fragilisation du Niger pourrait compromettre la dynamique du gazoduc transsaharien et des projets pétroliers et électriques, qui sont appelés à redessiner les équilibres régionaux.
G. Salima
