Alain Finkielkraut : L’odeur fétide de l’essentialisme

Par Adnan Hadj Mouri

Des philosophes adeptes de l’essentialisme trivial prennent pour cible Mélenchon en l’assimilant au trumpisme parce qu’il ose critiquer le sionisme. Cette vision réduit la liberté et étouffe » l’agir dissensuel ».
Dans cette chronique, nous proposons une critique des positions du philosophe « chéri des médias », Alain Finkielkraut, lui aussi critique de Mélenchon. Au-delà de ses prises de position, c’est une certaine forme du discours public qu’il faut interroger.
Le culte de la médiocratie occidentale se complaît dans une « soft barbarie » qui valorise les formes les plus rigides de l’essentialisme. Une partie des élites, marquée par des blessures narcissiques, contribue à l’inhibition de la pensée et à l’impuissance d’agir.
Des sujets infantilisés émergent alors, pris dans un inconscient culpabilisateur à l’égard des Lumières, oscillant entre un surmoi islamiste et un surmoi occidental.
La tyrannie de l’ethnocentrisme se combine avec le rejet de l’altérité. Elle nourrit un « climat intellecticide » produit par la surmédiatisation et l’hystérisation des discours publics.
Ce dispositif contribue à affaiblir progressivement les capacités de réflexion critique. Un simulacre idéologique protège ainsi la caste des « chiens de garde », dont parlait Paul Nizan. Les logiques de domination prennent la forme de ce que Frédéric Lordon appelle la « stratégie de la vaseline », où la contrainte se présente comme « consentement. »
Dans ce cadre, les prises de position d’Alain Finkielkraut doivent être comprises non comme un cas isolé, mais comme une actualisation particulière d’un mécanisme plus général « d’essentialisation du social. » Imputer le malaise social aux populations immigrées relève ainsi d’une lecture « réductrice du réel, » nourrie par un conservatisme identitaire qui fait de « l’identité malheureuse un opérateur central. »
Dans « La Défaite de la pensée », il décrit un monde en crise. Pourtant, certaines de ses analyses simplifient les phénomènes sociaux et rejoignent le climat intellecticide qu’il critique lui-même. La pensée glisse alors vers une crispation identitaire plutôt que vers une élaboration critique.
Une dérive importante tient à l’hystérisation des scènes médiatiques. Elle alimente la surmédiatisation et affaiblit la pensée critique, pourtant nécessaire à la « vigilance citoyenne. » On retrouve ici ce que Castoriadis appelait « la montée de l’insignifiance ».
Au-delà du registre médiatique, la médiocratie fonctionne comme une rationalité instrumentale qui réduit les capacités de réflexion.
Comment sortir de cette léthargie intellectuelle qui « fragmente la pensée « sous la pression des impératifs surmoïques ?
Il faut alors interroger une autre dimension : la répulsion envers la pensée critique elle-même. Cette répulsion n’est pas accidentelle, mais structure certains rapports au savoir et produit des formes durables de fermeture intellectuelle.
Dans le contexte algérien, cette répulsion à la philosophie, renforcée par un surmoi islamiste et un repli identitaire, coexiste avec une autre attitude : certaines franges se pensant émancipées valorisent des figures médiatiques associées à une « occiredentalité fantasmée », à travers une vulgarisation appauvrie.
Elles remplacent le travail critique par l’identification au maître. Le concept devient alors un objet de consommation.
On mobilise des concepts sans les interroger ceux de Gustave Le Bon ou l’« inconscient collectif » figé comme « entité » sans voir comment le discours universitaire peut lui-même produire des effets d’inhibition de la pensée, ni comment l’imaginaire conceptuel reste pris dans des « logiques d’identification. »
Dans ce cadre, la notion d’« inconscient collectif » doit être interrogée. Lorsqu’elle est prise comme une réalité stable, elle relève d’une illusion ontologique :  » autrement dit « une réification d’un outil conceptuel en substance supposée existante. » De fait, Le concept cesse alors d’être un outil critique pour devenir un objet de croyance.

Bouton retour en haut de la page