Mondial 2026: Heure we are!

Le plus grand Mondial jamais organisé ouvre ses portes aujourd’hui. Pendant près de six semaines, jusqu’au 19 juillet, les regards du monde entier convergeront vers les États-Unis, le Canada et le Mexique, hôtes de la première Coupe du monde à 48 équipes. Le coup d’envoi sera donné dans un décor chargé de symboles. L’Estadio Azteca de Mexico accueillera le match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud ce soir à 20h00, une affiche qui replonge immédiatement le football dans ses souvenirs.
Seize ans après le match inaugural du Mondial 2010 à Johannesburg, conclu sur un nul (1-1), les deux sélections se retrouvent pour lancer une nouvelle édition de la compétition. Ce soir-là, Siphiwe Tshabalala avait marqué l’un des buts les plus iconiques de l’histoire des Coupes du monde avant que Rafael Márquez n’égalise pour les Mexicains.
Cette fois, le Mexique évoluera à domicile devant un Azteca annoncé à guichets fermés avec plus de 87 000 spectateurs attendus. L’altitude de Mexico, située à environ 2 200 mètres, constitue un défi supplémentaire pour les visiteurs. Les Sud-Africains ont tenté d’anticiper cet obstacle en installant leur camp de base à Pachuca afin de préparer leur organisme à ces conditions particulières.
Le monde arabe en force
Au-delà du match d’ouverture, cette édition 2026 marque un tournant pour le football arabe. Jamais autant de nations arabes n’avaient participé à une même Coupe du monde. Huit sélections seront présentes : l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Irak et la Jordanie.
L’Algérie figure parmi les sélections les plus attendues du contingent arabe. Douze ans après son dernier Mondial, la sélection de Vladimir Petković effectue son retour avec un effectif profondément renouvelé. Riyad Mahrez s’apprête à vivre ce qui devrait être sa dernière Coupe du monde, tandis qu’une nouvelle génération portée par Ibrahim Maza, Anis Hadj Moussa ou encore Adil Boulbina tente de s’imposer. Placés dans le groupe J avec l’Argentine, l’Autriche et la Jordanie, les Fennecs espèrent renouer avec leurs meilleures performances.
Le Maroc arrive avec un statut inédit après sa demi-finale historique au Qatar en 2022. L’Égypte compte sur Mohamed Salah pour franchir enfin le cap des phases à élimination directe. L’Arabie saoudite espère prolonger l’élan né de son exploit contre l’Argentine lors du précédent Mondial. La Tunisie reste fidèle à son identité fondée sur l’organisation collective et la discipline défensive. Le Qatar, pays hôte en 2022, a confirmé sa progression en obtenant sa qualification sur le terrain.
Deux histoires retiendront particulièrement l’attention. L’Irak retrouve la Coupe du monde pour la première fois depuis 1986. Quant à la Jordanie, elle découvrira pour la première fois de son histoire une phase finale mondiale.
Qui pour soulever le trophée ?
Comme toujours, les regards se tournent rapidement vers les favoris. Championne d’Europe en titre, l’Espagne apparaît parmi les principaux candidats à la couronne mondiale. La Roja dispose d’un noyau de joueurs capables de dominer n’importe quel adversaire : Rodri, Pedri, Nico Williams, Mikel Oyarzabal et surtout Lamine Yamal, devenu l’un des visages du football mondial. Une interrogation demeure néanmoins autour de l’état physique du jeune prodige barcelonais, récemment revenu d’une blessure musculaire à la cuisse.
La France se présente avec un arsenal offensif impressionnant. Kylian Mbappé reste la figure de proue des Bleus, mais l’effectif de Didier Deschamps ne dépend plus uniquement de son capitaine. Ousmane Dembélé, Ballon d’Or 2025, Michael Olise, Désiré Doué ou encore Rayan Cherki offrent à la sélection française une richesse rarement égalée dans son histoire récente. Le groupe I, composé du Sénégal, de l’Irak et de la Norvège, promet toutefois une entrée en matière particulièrement relevée.
Championne du monde en titre, l’Argentine conserve une grande partie de l’ossature qui a triomphé au Qatar. Julián Álvarez, Enzo Fernández, Lautaro Martínez et Emiliano Martínez constituent toujours le socle de l’Albiceleste. La principale inconnue concerne Lionel Messi. À 38 ans, son influence demeure considérable, mais l’Argentine a déjà démontré sa capacité à gagner lorsque son numéro 10 n’est pas à son meilleur niveau.
L’Angleterre arrive avec une génération qui cherche encore son premier sacre majeur. Harry Kane, Jude Bellingham, Bukayo Saka et Declan Rice composent un quatuor de très haut niveau. Sous la direction de Thomas Tuchel, les Three Lions ont remporté l’ensemble de leurs matchs de qualification. Pourtant, les récentes performances en préparation et le poids de six décennies sans trophée international continuent d’alimenter les doutes autour de cette sélection.
Le Brésil poursuit quant à lui sa quête d’un sixième titre mondial. La Seleção n’a plus remporté la Coupe du monde depuis 2002 et a confié sa destinée à Carlo Ancelotti. Le technicien italien dispose d’un réservoir offensif exceptionnel avec Vinícius Júnior, Raphinha et le retour de Neymar. Reste à savoir si cette équipe a suffisamment construit des automatismes sous sa nouvelle direction.
Des outsiders aux dents longues
Derrière les favoris traditionnels, plusieurs outsiders avancent avec des arguments solides. La Norvège effectue son retour après 28 ans d’absence. Portée par Erling Haaland et Martin Ødegaard, elle a survolé ses qualifications avec huit victoires en huit rencontres. Son succès (4-1) contre l’Italie a renforcé l’idée qu’elle pouvait devenir l’une des révélations du tournoi.
Le Portugal abordera cette compétition avec une forte charge émotionnelle. Cristiano Ronaldo, 41 ans, dispute son dernier Mondial. Derrière la légende, une nouvelle génération emmenée par Vitinha, João Neves et Nuno Mendes tente de prendre progressivement le relais. L’équilibre entre héritage et renouvellement sera l’un des grands enjeux de la campagne portugaise.
Le Sénégal nourrit lui aussi de grandes ambitions. Les Lions de la Teranga rêvent de retrouver les sommets atteints lors de leur parcours de 2002, conclu en quart de finale. Le hasard du calendrier leur offre d’ailleurs une entrée en matière symbolique face à la France, comme lors de leur exploit fondateur à Séoul il y a vingt-quatre ans. Une victoire contre les vice-champions du monde pourrait immédiatement transformer leur tournoi.
Enfin, l’Allemagne avance avec davantage de discrétion qu’à l’accoutumée. Les éliminations prématurées de 2018 et 2022 ont profondément marqué la Mannschaft. Depuis l’Euro 2016, les quadruples champions du monde n’ont plus atteint le dernier carré d’une grande compétition. Julian Nagelsmann a pourtant fixé un cap ambitieux : reconquérir le sommet mondial. Pour cette mission, il pourra compter sur le retour de Manuel Neuer, rappelé pour encadrer une sélection qui tente de renouer avec son ADN de conquérante.
Pendant trente-neuf jours, les certitudes accumulées depuis quatre ans seront mises à l’épreuve. Les favoris devront confirmer leur statut, les outsiders saisir leur chance et les nouvelles nations écrire leurs premières pages d’histoire. Dans un tournoi élargi à 48 équipes et réparti sur trois pays, la Coupe du monde 2026 promet déjà d’être l’une des plus imprévisibles et des plus riches en récits depuis la création de l’épreuve.
Djamel Hamdan
