Smaïl Chertouk, auteur et humoriste, à Algérie Presse :« L’Algérien emmène son algérianité partout »
Entretien réalisé par O.A Nadir

Auteur, comédien et ingénieur franco-algérien, Smaïl Chertouk s’est imposé comme une voix singulière dans le paysage culturel grâce à son regard humoristique sur la société algérienne, ses habitudes et ses contradictions. À travers ses écrits et ses spectacles, il explore les multiples facettes de « l’algérianité », en accordant une place particulière à la langue populaire, aux expressions du quotidien et à cette capacité propre aux Algériens de rire d’eux-mêmes.
Son ouvrage « L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes ! » a rencontré un large succès auprès du public. Cet abécédaire humoristique, consacré à l’identité algérienne et à la dardja, a ensuite donné naissance à un spectacle en seul-en-scène qu’il présente régulièrement en France, en Belgique et en Algérie. Engagé également dans la valorisation du patrimoine algérien, notamment à travers le Collectif Day Z, il fait du rire un moyen de transmission culturelle et de dialogue entre les générations.Dans cet entretien, Smaïl Chertouk revient sur la place de l’humour dans le récit de l’Algérie, les composantes de l’identité culturelle nationale, la transmission de l’héritage algérien à l’étranger et le rôle des artistes dans l’évolution du regard porté sur le pays.
Algérie Presse : Dans « L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes ! », vous choisissez l’humour pour parler de l’Algérie. Pourquoi l’humour vous semble-t-il être un moyen pertinent de raconter la société algérienne ?
Smaïl Chertouk : D’un point de vue général j’aime beaucoup l’humour et le décalage comme mode de narration. Il est le point commun de presque tous mes essais (Rupture Tranquille iPhone à la folie, Etrangers de souche et bien sur l’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes !). Ceci est d’autant plus vrai pour le sujet Algérie car en utilisant la légèreté, je voulais aussi rendre hommage à la dérision qui caractérise la solution algérienne. Les Algériens sont passés maîtres dans l’art de prendre du recul, de détourner le réel et de s’en amuser.
À travers les expressions populaires, les habitudes et les situations du quotidien, vous mettez en lumière une certaine manière d’être algérien. Selon vous, qu’est-ce qui constitue aujourd’hui le cœur de l’identité culturelle algérienne ?
L’identité algérienne est plurielle, complexe et riche de plusieurs sédiments. Je ne me risquerai donc pas à la circonscrire. Néanmoins, elle a des composantes que je pense notables et singulières. L’Algérien est un révolutionnaire dans l’âme, c’est à dire un être rompu au changement, à la quête du meilleur pour lui et les siens. L’Algérien, de mon point de vue, pense son histoire et ses ferments identitaires, mais il pense aussi le monde. Il y a une manière algérienne d’envisager la vie, le monde et le rapport à autrui. Ce dernier point est majeur car nous sommes un peuple généreux, fortement centré sur le dépassement et le don de soi.
Vous vous intéressez également à la transmission de la culture algérienne, notamment auprès des Algériens établis à l’étranger. Comment préserver ce lien avec le pays et transmettre ses références culturelles aux nouvelles générations ?
C’est une question qui m’importe particulièrement car tout est dans la transmission, de la culture mais aussi du sentiment d’appartenance. L’Algérien emmène son algérianité où qu’il aille dans le monde, il se sent dépositaire de quelque chose de plus grand que lui, comme un héritage fait de récits, de grandeurs passées mais aussi d’un rapport singulier au monde. Préserver le lien pour les Algériens établis à l’étranger passe aussi par le maintien de cette algérianité positive, active et inclusive.
Entre les clichés sur l’Algérie et les réalités vécues par ses habitants, quel rôle les écrivains, les artistes et les humoristes peuvent-ils jouer pour faire évoluer le regard porté sur le pays, en Algérie comme à l’étranger ?
Les créateurs ont une grande responsabilité dans la fertilisation de l’image positive de l’Algérie. Avec leurs créations, leurs communications et les élans que cela soulève, ils sont une formidable matière à même de développer l’algérophilie. Ceci permet de corriger les narratifs négatifs mais aussi et surtout de susciter une certaine inclination pour tout ce qui est Algérien car l’Algérie aime le monde et verse au capital humain sa part de culture et d’humanisme.
