Plusieurs métiers traditionnels en voie de disparition : Le patrimoine oranais en mutation

Oran, un carrefour méditerranéen vibrant, a toujours été une ville de rencontres et d’échanges, non seulement culturels mais aussi professionnels. Cependant, plusieurs métiers traditionnels, autrefois florissants, sont en train de disparaître, victimes de l’urbanisation rapide, de la modernisation et des nouvelles
technologies.
Si ces métiers étaient autrefois des piliers de l’économie locale et de la vie quotidienne, ils se trouvent aujourd’hui dans un processus de marginalisation, et souvent, d’extinction.
L’un des métiers les plus représentatifs de cette disparition est celui du cordonnier. Autrefois, les cordonniers étaient omniprésents dans les ruelles de la vieille ville d’Oran, offrant leurs services de réparation de chaussures et de maroquinerie. Aujourd’hui, des artisans comme Benamar, 68 ans, l’un des derniers cordonniers d’Oran, ne trouvent plus de jeunes intéressés par cet art.
«Les gens veulent des chaussures bon marché et jetables, et ne voient plus l’intérêt de les réparer», confie-t-il avec amertume. Le métier, perçu comme une vieille tradition, peine à s’adapter à la dynamique économique actuelle, dominée par la production industrielle et la consommation de masse.
Un autre métier en voie de disparition à Oran est celui de pâtissier traditionnel, pourvoyeur des makroud, ghribias ou encore les baklawas.
La pâtisserie oranaise, marquée par l’influence des cultures arabes et méditerranéennes, a été durant des générations une fierté locale. Mais aujourd’hui, les pâtissiers artisanaux comme Rachid, un des derniers grands maîtres de la pâtisserie, se battent contre la concurrence des grandes surfaces et de la pâtisserie industrielle. «Mes enfants ne veulent pas reprendre l’atelier. Ce métier demande beaucoup de travail et de patience, et il n’est plus attrayant pour les jeunes», constate-t-il tristement.
Les marins-pêcheurs qui autrefois constituaient une part importante de l’activité économique locale, sont également confrontés à une disparition progressive de leur métier. Si la pêche traditionnelle était au cœur de la culture oranaise, les défis économiques et environnementaux ont bouleversé la profession. Le poissonnier traditionnel, qui vendait les poissons frais directement sur les quais du port ou dans les marchés locaux, est aujourd’hui remplacé par des chaînes de distribution de poissons congelés. De plus, l’épuisement des ressources maritimes et les réglementations de plus en plus strictes compliquent davantage la tâche des derniers pêcheurs artisanaux.
Dynamique de sauvegarde
Ces métiers en voie de disparition ne sont pas uniquement victimes de la modernisation et de la globalisation. La disparition progressive de l’artisanat, et plus largement des savoir-faire traditionnels, pose une question plus profonde sur la place de la culture locale face à un monde de plus en plus uniformisé. La vitesse à laquelle ces métiers disparaissent met en lumière une évolution démographique et économique qui semble éclipser les racines culturelles au profit de l’industrialisation.
Cependant, quelques initiatives commencent à émerger pour préserver ce patrimoine.
Des associations locales militent pour la sauvegarde de ces savoir-faire en organisant des ateliers et des formations destinées aux jeunes générations. En 2023, la ville a même lancé un programme visant à soutenir les artisans traditionnels, en leur fournissant une aide financière et des espaces pour exposer leurs produits.
Le constat est clair : Oran est une ville en mutation rapide, où la modernité se construit à un rythme effréné. Si certains voient dans ce changement une évolution naturelle, d’autres, comme les artisans de ces métiers anciens, perçoivent la disparition de leurs pratiques comme un appauvrissement de la culture oranaise. Les métiers de la laine, le tissage traditionnel ou encore le ferronnier restent aujourd’hui des exemples parmi tant d’autres de ce savoir-faire local qui pourrait, sans mesures de préservation, disparaître à jamais.
Pourtant, il n’est pas trop tard pour agir. Le défi est de trouver un équilibre entre la modernisation et sauvegarde de ses trésors culturels. La ville, avec son patrimoine immatériel, doit réinventer un modèle où les métiers traditionnels peuvent coexister avec les nouvelles technologies et les industries modernes, permettant ainsi de préserver un passé riche tout en construisant l’avenir.
O.A Nadir
