«Ghaza», recueil de chroniques de Saïd Oussad : Une ode au combat… à la vie

L’ode à Ghaza. L’ode au combat. L’ode à la vie. Un chapelet de pépites qui s’égrènent selon une rythmique d’apparence non ordonnée mais qui n’a rien de fortuit, d’aléatoire et encore moins de désordonnée. Si Goethe préférait l’injustice au désordre, Saïd Oussad n’a de préférence ni pour l’une ni pour l’autre. Il lui arrive même de les déconstruire. Rageusement. Dans une succession de chroniques vibrantes qui se tiennent fébrilement mais fermement. Un fil luminescent soude solidement tous ses textes lucides et pénétrants, réfléchis et clairvoyants. Ignorant à la fois l’injustice et le désordre mais voguant avec fermeté au creux du tumulte et de la gravité.

Des textes pérégrinant allègrement, tout en invitant, pour chacun d’eux, à une halte haletante sur une question pressante autour d’un sujet où la gravité fiévreuse tient fermement la main placide de la profondeur frondeuse et quelque peu malicieuse qui a toujours habité la plume du journaliste et écrivain Saïd Oussad. Car au recoin de chaque texte le questionnement empreint de colère guette. Inlassablement. Indémontablement.
Saïd Oussad utilise la magie qu’il trouve dans les mots pour écrire des partitions d’où sortent astrales les musiques qui donnent au silence la valeur qu’il trouve dans le métal précieux. C’est dans la délicatesse des mots, qu’il se sent être dans le confort. C’est là où il vit. C’est là où il rend également hommage à la vie et aux hommes.
Si les hommes s’en vont, la Cause, elle, résiste seule face au son des trompettes de Jéricho, sonnées par les alliés de l’Apocalypse.
C’est par cette conviction forte qu’une chronique intitulée, à juste titre, The year after, fixe la tonalité de toutes celles qui vont suivre. Sinouar est mort. Vive Sinouar ! Le lion est mort ce soir, rejoignant plus de 42.300 lions, lionnes et lionceaux qui ont cessé de rugir à Ghaza, depuis le 7 Octobre 2023.
Devant cette gravité ne s’estompe jamais la musicalité. Et s’il est quelque chose qui n’est jamais absente de ces chroniques de Saïd Oussad c’est bien une musicalité assortie de sens. Parfois de poésie et d’aimance. Malgré l’irritation d’apparence. Et c’est, sans doute, pour cela que cette musicalité qui habite ces chroniques n’est jamais porteuse d’asthénie, d’anémie ou d’adynamie. C’est pour cela, aussi, qu’à la lecture de certaines d’entre elles on ne peut s’empêcher de penser à l’avertissement de Jean Paul Sartre selon lequel les mots sont des revolvers chargés.
A lire notre auteur, on s’aperçoit à quel point ils sont, en effet «chargés» et prêts à faire mouche, tout en étant à la confluence de la patiente retenue réflexive de l’écrivain et de la pétillante impatience du journaliste.
Toutes ces chroniques attirent notre regard, parfois consterné, sur ce qui peut être injuste et désordonné à la fois. Un désordre injuste traversant le corps convulsif de l’humanité entière sur une infinité de questions mais en particulier sur la tragédie qui se déroule, présentement, à Ghaza.
A commencer par une sévère mise en cause d’un pseudo «filousophe» arrogant, déloyal, hâbleur et foncièrement sioniste de surcroit. Lui-même acoquiné à certains littérateurs contrefaits, de fabrication médiatique amplement frelatée et prenant fait et cause pour l’entité sioniste : Quelle différence existe-t-il entre Zemmour, BHL, Kamel Daoud et un pigeon ? Aucune concernant les trois premiers, quant au piaf, il est juste digne dans sa posture. Si les deux premiers sont des sionistes convaincus et peu convaincants, le troisième, parfait Arabe de service ; sert de caution morale à une islamophobie érigée en dogme sur les terres germanopratines. (Levy, Zemmour, Daoud, même combat).
Ces terres cultivant, depuis des lustres, l’illusion démocratique où même le politologue français François Burgat, entre autres, a été convoqué par la police de Macron pour «apologie du terrorisme», suite à des déclarations sur Ghaza et la Palestine. Un chef d’accusation galvaudé, distribué à la ronde, «en veux-tu, en voilà, il y aura pour tout le monde» pour couper le sifflet aux détracteurs de l’entité sioniste, ceux qui s’offusquent d’un génocide en streaming et affichent leur compassion. (Aux armes, citoyens… de seconde zone).
Dans cette même islamophobie institutionnalisée, copieusement arrosée de sionisme assumé et couplée au poison médiatique mortel, largement dilué par des médias comme LCI, BFM et CNews, la bride est alors lâchée aux chroniqueurs perfusés au seum, nous dit l’auteur.
Et comme pour en faire la mortifiante démonstration une des chroniques intitulée, Falestine chouhada se contente d’égrener des noms de martyrs, pour la plupart des enfants :
Mahmoud Al Sadi (17 ans), Alaa Abdullah Qaddoum (5 ans), Momen Muhammed Ahmed Al-Nairab (5 ans), Ahmed Muhammed Al-Nairab (11 ans), Hazem Muhammed Ali Salem (9 ans), Muhammed Iyad Muhammed Hassouna (14 ans), Jamil Nijm Jamil Nijm (4 ans), Fuad Abed (17 ans), Adam Ayyad (15 ans), Amer Zeitoun (16 ans)…
Milad Munther Al-Raee (16 ans) est le dernier enfant, en date, assassiné par les tueurs de Tsahal, l’«armée la plus morale du monde» comme la qualifiait le tartuffe Bernard-Henri Lévy. Décidément ce filousophe est indécrottable !
Alors que ces mêmes atrocités font réagir des sensibilités de tout bord. «Richard Wagman, a même dénoncé la partialité de Paris, mais aussi la solidarité unilatérale des chancelleries occidentales» envers l’entité sioniste et l’absence de solidarité envers les Palestiniens. «Ils ont dit qu’Israël doit se défendre et qu’Israël a le droit d’assurer sa sécurité. Pas un mot, pas un mot sur les Palestiniens, sur leur droit de se défendre, sur leur droit à la sécurité et sur leurs droits nationaux », a-t-il déclaré à Anadolu. (Plus royaliste que Macron, tu meurs)
Dans les chroniques intitulées La marche des rampants et la distance zéro, l’auteur poursuit le même argumentaire : La distance zéro ne se mesure pas au double décimètre ni au mètre ruban, mais au courage des combattants de la liberté. Le concept, encore inconnu du reste du monde, est en train d’être glorifié grâce aux actions de la Résistance palestinienne, dans Ghaza assiégée, contre les blindés sionistes.
Une situation intenable qui donne l’occasion à l’auteur de manifester sa juste et saine colère par un Tfouh rageur sur toutes les figures blêmes du déni complice. Un déni largement banalisé. Faussement déguisé en neutralité. Car «Dans l’enfer, les places les plus brûlantes sont réservées à ceux qui, en période de crise morale, maintiennent leur neutralité», nous dit Dante Alighieri ou encore, «La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté» poursuit Elie Wiesel. Alors Tfouh s’écrie ce citoyen du monde en colère qu’est Saïd Oussad !
Tfouh sur la gueule des complices du génocide, ceux qui arment les meurtriers, les encouragent sous les couettes sombres du viol ancestral et se lamentent comme des veuves éplorées sur la perte de la Mosquée.
Tfouh sur la gueule des vautours, perchés en haut des tribunes des organisations internationales, qui murmurent, entre leurs lèvres cousues, un semblant d’indignation dans le morne regard, parce que le nombre de morts a dépassé ce que leur conscience morale peut admettre.
Tfouh sur la gueule des puissances occidentales qui alimentent ce massacre pour des intérêts géostratégiques, par lâcheté et par vengeance croisée. Des puissances qui protègent par la force, qui financent par le racket et qui massacrent par procuration.
Tfouh sur la gueule des impuissances arabes qui posent, en souriant de leurs fausses dents, pour un cliché immortalisant leur couardise et leur traîtrise. Des impuissances qui pactisent avec le diable en aiguisant leurs langues fourchues pour cracher du venin sur les cousins.
Et c’est sans doute pour cela que deux titres sartriens font suite à cette colère salutaire, La Nausée et les Mains sales :
«La Nausée», ce n’est pas seulement le roman philosophique de Jean Paul Sartre ; à ne pas confondre avec les imposteurs intellectuels français et assimilés d’aujourd’hui ; c’est le sentiment général que j’éprouve en ce moment à la lecture de la réaction de Sleepy Joe, surnom donné par Trump à l’actuel locataire de l’Ehpad de Washington DC. Biden, en visite d’inspection chez son chien de garde, a dédouané l’armée israélienne du bombardement de l’hôpital de Ghaza, qui a fait plus de 500 victimes.
Trump, Biden, Blinken mais également ce mastodonte de l’économie européenne qui veut s’acheter une nouvelle conscience en tuant une autre et auquel l’auteur adresse une mise en garde : Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous dire Schäm à votre pays. Qui suis-je pour m’adresser ainsi à vous en jetant l’opprobre sur votre land ? Je ne suis qu’un citoyen d’un pays qui a fait de la Cause palestinienne un combat national comme le vôtre a fait de la sécurité d’Israël une raison d’Etat, au détriment de la justice internationale et de la dignité humaine. (Lettre ouverte à l’Ambassadrice d’Allemagne)
Complétant cette interpellation Saïd Oussad précise : Depuis vendredi dernier, le monde s’est tu victime d’une mort cérébrale et célébrée parce que les sionistes du monde ont décidé que le génocide des Palestiniens devait se perpétuer sur l’instance de Babylone. Les adorateurs du Veau d’or ont entrepris de sanctifier leur parjure impardonnable dans le sang pur des enfants de Ghaza. (Ô Dieu, où va ce monde putride). Puis dans un élan de grande sincérité l’auteur déclare son amour à Rafah.
Rafah, la Stalingrad d’Adolphe Netanyahu. Le cimetière des blindés du nouveau Reich et la tombe de l’armée la plus immorale au monde.
Rafah, le dernier rempart contre une nouvelle Nakba, la dernière si cela se trouve, parce que derrière, il n’y aura que le désert et des ombres sales qui se trémoussent aux déhanchements des catins arabes.Rafah, c’est le début et la fin. Le commencement et l’apocalypse. La victoire ou la mort. (Rafah, mon amour).
Saïd Oussad souligne la gravité de la situation à Rafah avant de l’élargir à un plaidoyer pour l’altérité.
L’Autre, mon frère qui soutient mon regard à travers le miroir. Qui me dévisage quand mon regard accroche son visage et qui me sourit en guise d’excuses. L’Autre, c’est presque moi ou tout simplement le reflet de mon âme qui irrigue ses veines. Son sang est mien, sa langue est nôtre et sa peau recouvre ma laideur. Il écoute mes murmures, répond à mes soliloques et écrit sur la paume de sa main une prière pour mon salut. (L’Autre)
Ce plaidoyer altruiste amène Saïd Oussad à revisiter et à reformuler le cogito cartésien en un franc «Je suis antisioniste, donc je suis…»
Parlant, par ailleurs, de l’information tue par les médias selon laquelle L’ONU envisagerait de dissocier antisionisme et antisémitisme suite à une campagne menée par une centaine d’organisations de défense des droits humains et des droits civiques, qui ont exhorté les Nations Unies à respecter les droits humains dans le cadre de la lutte contre l’antisémitisme, l’auteur dénonce, en passant, les machinations concernant l’Afrique également :
«Nous avons besoin d’appauvrir l’Afrique et de l’y maintenir parce que nous avons besoin de leurs matières premières et nous les voulons le moins cher possible». La phrase n’est pas celle d’un chroniqueur venimeux, antimondialiste primaire qui déteste tout le monde, mais celle de Howard Nicholas, professeur sri-lankais à l’Université Erasmus aux Pays-Bas. (L’Afrique, de Kunta Kinte à Toby)
Cette même Afrique où les arabes et les musulmans font montre d’une insoutenable inertie irrite au plus haut point notre auteur :
Si le Sphinx pouvait se départir de son air ahuri, figé à jamais dans le temps, et parler, il dira aux Arabes, du haut de ses milliers d’années d’histoire, d’aller se faire pendre un à un aux palmes du désert (Le Sphinx se fout des Arabes. De tous les Arabes.)
Ces arabes et musulmans qui se parent du voile opaque de l’Islam tout en le bafouant effrontément à la moindre occasion, comme le souligne l’auteur :
Le plus grand danger de l’islam réside dans le sang de ses propres fidèles, analphabètes, arrogants et violents qui diffusent de lui une image déformée. Une projection consciente contre monnaie sonnante et trébuchante, une deuxième peau de naissance et un statut de réfugié privilégié ou par pure stupidité héréditaire diluée dans une complexe méconnaissance des fondamentaux de la religion. (Quelques vérités non scientifiques).
Et c’est précisément ce qui donne l’occasion à un Occident malintentionné d’user et d’abuser du spectre islamophobique.
L’œil torve de l’Occident nous épie à travers le prisme déformant, à souhait, de ses codes calibrés à sa perception individualiste de la liberté. Un pont-levis face aux fantômes venus de l’autre rive qui ne s’habilleraient pas des apparats brodés par la bénédiction des milieux de la pensée parisienne. (De l’art de porter un uniforme)
Faut-il, alors, se taire et détourner le regard pour oublier cette impression d’impuissance qui vous prend à la gorge et la serre un peu plus fort à la vue de ce flot de sang et de ces fleuves de larmes qui se déversent dans les rues dévastées de notre inutile conscience ? se demande l’auteur. (Guère épais)
Et de répondre : Si l’humanité nous faisait le plaisir de fermer son clapet pour un moment multiplié à l’infini, on pourrait enfin profiter de la diversité de langues que nous offre la nature. (Le silence est dehors.)
Parmi toutes ces langues qu’offre la nature, Saïd Oussad a choisi celle de l’indignation. Pour réveiller ce qui reste d’humanité drapée de dignité et nourrie de solidarité.

*Professeur des universités, écrivain

 

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