Entre plateforme saturée et marché sous tension: Un Aïd hypothétique pour nombre d’Algériens

À moins de trois semaines de l’Aïd El-Adha, une expression revient dans les marchés, les cafés, les transports et les foyers : « le mouton est devenu inaccessible ». Dans plusieurs villes du pays, des citoyens décrivent une période marquée par des tensions liées à l’achat du mouton du sacrifice, entre recours aux plateformes de réservation et hausse des prix sur les marchés à bestiaux.
Dans plusieurs quartiers d’Oran, des habitants évoquent un « Aïd sous pression ». Devant les points de vente ou sur les groupes Facebook spécialisés, des citoyens racontent leurs tentatives infructueuses pour réserver un mouton via la plateforme mise en place par les autorités. En quelques jours, plusieurs wilayas auraient atteint leurs capacités maximales.
« On nous demande de nous inscrire, mais quand on entre sur la plateforme, tout est déjà saturé », explique un père de famille rencontré à Hai Es-Sabah. Comme lui, des citoyens disent avoir multiplié les tentatives sans parvenir à obtenir une réservation. Certains évoquent un sentiment d’exclusion. «Celui qui n’a pas internet, celui qui ne maîtrise pas les plateformes numériques ou qui travaille toute la journée, comment fait-il ? », s’interroge un retraité.
Dans les discussions populaires, un chiffre revient avec insistance : un million de moutons importés pour une demande qui dépasserait les 7 millions de têtes à l’échelle nationale. Ces données sont avancées par des citoyens et ne font pas l’objet de confirmation officielle.
Dans le même temps, des usagers évoquent également des difficultés liées au fonctionnement des plateformes. Certains disent se connecter tard le soir ou très tôt le matin pour tenter d’augmenter leurs chances d’inscription, sans garantie d’obtenir un créneau disponible. D’autres affirment que les délais d’accès ou la saturation rapide des serveurs compliquent davantage les démarches.

Des prix prohibitifs ?

En parallèle, dans plusieurs marchés à bestiaux de l’Ouest, les prix sont décrits par des citoyens comme élevés. Le mouton de taille moyenne dépasserait, selon des vendeurs et des acheteurs, les 160.000 dinars dans certaines zones, avec des variations selon les animaux, leur poids et leur provenance.
Les déplacements vers les marchés constituent également une dépense supplémentaire pour certaines familles. Plusieurs habitants disent devoir se rendre dans des communes périphériques ou des zones rurales afin de comparer les prix, ce qui implique des coûts de transport supplémentaires.
« Avec un salaire moyen, il devient difficile de couvrir toutes les dépenses du mois et d’acheter un mouton », estime un jeune salarié rencontré dans un marché de la périphérie d’Oran.
Dans certains foyers, des parents disent adapter leur organisation financière à l’approche de la fête. D’autres évoquent la possibilité de ne pas procéder au sacrifice cette année. « Avant, même avec des moyens limités, on trouvait une solution. Aujourd’hui, c’est plus difficile », confie un habitant du quartier El Hamri.
Dans les marchés, les scènes se répètent. Plusieurs visiteurs circulent entre les enclos sans achat final. « Beaucoup de personnes viennent uniquement pour se renseigner sur les prix », explique un commerçant. « Une fois les tarifs connus, certains repartent ou hésitent davantage », précise-t-il. Certains éleveurs observent également une baisse du nombre de transactions rapides par rapport aux années précédentes.
Du côté des éleveurs, la hausse des prix est principalement expliquée par l’augmentation des coûts de production. L’alimentation animale, le transport et les soins vétérinaires sont cités comme principaux facteurs. « Le prix du fourrage a fortement augmenté ces dernières années », affirme un éleveur. « Nous devons répercuter une partie de ces coûts pour continuer à travailler », ajoute-t-il.
Certains professionnels évoquent également des contraintes logistiques, notamment la disponibilité des aliments, les coûts de transport interwilayas et les conditions climatiques qui influencent l’élevage. Selon eux, ces facteurs se répercutent directement sur le prix final du mouton.
Dans le même temps, certains citoyens évoquent des pratiques spéculatives sur le marché, estimant que des intermédiaires pourraient profiter de la forte demande liée à l’Aïd pour augmenter les marges. Ces propos relèvent de perceptions exprimées par des personnes interrogées.
Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant des prix élevés circulent régulièrement, accompagnées de commentaires critiques. Ces contenus alimentent des débats en ligne, entre dénonciations de la cherté et appels à la régulation.

L’option des achats groupés

Face à cette situation, des citoyens appellent à un renforcement du contrôle du marché. Ils estiment que des mécanismes de régulation pourraient contribuer à encadrer les prix et à limiter les variations jugées importantes. « Il faut renforcer la régulation et surveiller les circuits de vente », estime un habitant de Bir El Djir, affirmant que « sans contrôle, les prix restent instables ».
D’autres citoyens plaident pour une augmentation des importations afin d’élargir l’offre disponible sur le marché national. « Le nombre de moutons importés reste insuffisant face à la demande », considère un père de famille interrogé.
Dans ce contexte, dans de nombreux foyers, les dépenses liées à l’Aïd font l’objet d’arbitrages financiers. Certains salariés indiquent avoir commencé à économiser plusieurs mois à l’avance. D’autres disent recourir à l’entraide familiale ou à des solutions de paiement différé.
« Beaucoup de familles s’organisent en groupe pour acheter ensemble », explique un commerçant. «Cela permet de répartir les coûts », ajoute-t-il.
Les jeunes couples apparaissent parmi les plus concernés par ces contraintes. Entre logement, dépenses quotidiennes et revenus limités, certains disent faire face à des difficultés pour financer l’achat du mouton cette année. « Nous ne savons pas encore si nous pourrons le faire », confie un jeune employé à Es-Sénia.
Par ailleurs, des enseignants et observateurs soulignent la dimension sociale de l’Aïd El-Adha, associée selon eux à des valeurs de partage et de cohésion familiale.
« Pour certaines familles, ne pas pouvoir réaliser le sacrifice est difficile à vivre sur le plan social », explique un enseignant de l’université de Belgaid. Il estime que la question du pouvoir d’achat influence fortement la manière dont la fête est vécue.
À l’approche de la fête, des citoyens interrogés disent suivre l’évolution des prix sur les marchés à bestiaux, un phénomène qui, selon eux, se reproduit chaque année à cette période, avec des variations selon les régions et les conditions du marché.
Selon plusieurs témoignages recueillis, la situation du marché du mouton est évoquée comme étant liée aux tensions sur le pouvoir d’achat des ménages, dans un contexte de hausse des dépenses et de pression sur les revenus.
Khaled Boudaoui

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