Tunnels, caves, églises…: Ces vestiges historiques en attente de restauration

Oran, la radieuse, éblouit par ses plages, son architecture et son énergie méditerranéenne. Mais derrière cette vitrine lumineuse, une autre Oran se dessine, discrète et fascinante. Entre souterrains légendaires, églises oubliées et caves chargées d’histoires, la ville cache des trésors à peine effleurés par le temps et les regards.
Dans le vieux quartier de Sidi El Houari, des rumeurs persistantes évoquent un réseau de tunnels souterrains, vestiges d’une époque où la ville était un carrefour stratégique. Ces galeries, selon la tradition orale, reliaient des lieux-clés comme le Fort de Santa Cruz et le port. Bien que peu de preuves formelles aient été trouvées, des indices demeurent. Près du Hammam El Berkani, certains habitants racontent que des ouvertures murées mènent à ces passages. «Quand j’étais gosse, on nous interdisait d’y aller, mais on entendait des bruits bizarres. Certains disaient que des âmes y étaient piégées», raconte Amine, un retraité du quartier.
Les amateurs d’exploration urbaine tentent régulièrement de localiser ces entrées, mais elles restent inaccessibles, ensevelies ou condamnées.
Oran abrite également plusieurs églises qui, après l’indépendance, sont tombées dans l’oubli. Parmi elles, l’ancienne église de Saint-Philippe à Mers El Kébir. Perchée sur une colline surplombant la mer, elle offre un panorama spectaculaire. Ses murs érodés et ses vitraux brisés chuchotent des histoires de mariages, de prières et de guerres. Amina, photographe passionnée de lieux désaffectés, se souvient d’une visite nocturne : «J’ai senti une présence, comme si les murs respiraient encore. On entend le vent, mais parfois, on croit entendre des voix». Bien qu’à l’abandon, ces édifices attirent les curieux, fascinés par leur aura mystique.
Non loin de la Place Tahtaha, une autre église, moins connue, se dresse en silence. L’église Saint-Roch, avec sa cloche fêlée et sa façade rongée par le temps, semble suspendue entre deux époques. Un appel au sauvetage qui reste, pour l’instant, inaudible.
Dans les immeubles anciens de M’dina Jdida ou de Gambetta, les caves coloniales témoignent d’une époque révolue. Construites pour abriter des provisions ou servir de refuges pendant les périodes troubles, elles renferment parfois des objets d’une autre ère. Nadir, un historien amateur, raconte avoir découvert des bouteilles de vin intactes dans une cave de la rue Abbou Abdelkader. «Les étiquettes indiquaient 1938. C’est comme si elles attendaient qu’on les découvre. Ces lieux sont des capsules temporelles, mais ils disparaissent petit à petit».
Ces lieux méconnus sont bien plus que de simples curiosités : ils racontent l’âme d’Oran, ses métamorphoses, ses silences. Mais leur avenir reste incertain, menacé par l’érosion du temps et l’indifférence. Une restauration devrait les transformer en sites touristiques : les tunnels seraient ouverts à des visites guidées éclairées à la lanterne, les églises transformées en lieux d’exposition ou en espaces culturels, les caves réhabilitées, racontant l’histoire coloniale sans filtres. L’Oran des ombres pourrait devenir une lumière pour le tourisme et la mémoire collective. Sous chaque pierre, chaque mur fissuré, se cache une histoire qui ne demande qu’à être révélée.
O.A Nadir
