Aïn El Turck : C’est déjà la ruée vers les criques
À peine le printemps installé, le littoral ouest d’Oran connaît une affluence inhabituelle. À Aïn El Turck, les criques autrefois calmes en cette période de l’année sont désormais prises d’assaut dès les week-ends d’avril, révélant une tendance qui s’installe progressivement : la saison estivale semble commencer de plus en plus tôt.
Selon plusieurs observations de terrain effectuées ces dernières semaines, notamment du côté de Cap Falcon et des zones rocheuses isolées entre Bousfer et Les Andalouses, la fréquentation a nettement augmenté par rapport aux mêmes périodes il y a quelques années. Familles, groupes de jeunes et couples s’y rendent désormais dès les premières hausses de température, parfois dès la fin de matinée.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte climatique marqué par des épisodes de chaleur plus précoces. D’après les données de l’Office National de la Météorologie, les températures enregistrées dans l’ouest du pays au mois d’avril ont, à plusieurs reprises ces dernières années, dépassé les normales saisonnières, atteignant ponctuellement les 28 à 32 degrés, avant de redescendre de plus belle. Un facteur déterminant dans l’anticipation des comportements estivaux.
Sur place, les premiers signes de cette dynamique sont visibles : parkings improvisés, vendeurs ambulants installés à l’entrée des accès difficiles, et circulation dense sur les axes menant vers le littoral, notamment la route reliant Oran à Aïn El Turck. Bien que l’activité reste encore informelle à cette période, elle préfigure déjà l’économie saisonnière qui s’intensifie habituellement à partir de juin.
« Avant, on venait ici tranquilles en mai. Maintenant, dès avril, c’est plein », confie un habitué rencontré à Cap Falcon. Même constat chez un vendeur de boissons installé de manière temporaire : « On commence plus tôt parce qu’il y a déjà du monde. Sinon, ça ne vaut pas le déplacement. »
Cette fréquentation anticipée pose également des défis en matière de gestion environnementale. Plusieurs visiteurs évoquent la présence de déchets laissés sur certaines criques peu surveillées. L’absence de dispositifs de collecte régulière en dehors de la haute saison accentue ce phénomène, déjà observé les années précédentes par des associations locales actives dans la protection du littoral.
Par ailleurs, les services de sécurité et de protection civile ne sont pas encore pleinement déployés à cette période, ce qui soulève des questions sur les conditions de baignade dans des zones non surveillées. Chaque année, la Protection Civile Algérienne rappelle les risques liés aux baignades précoces, notamment dans les zones rocheuses et les criques difficiles d’accès.
En filigrane, cette ruée précoce vers les criques traduit une mutation des habitudes des Oranais, entre recherche d’évasion rapide, pression urbaine et adaptation aux nouvelles réalités climatiques. Si le phénomène reste encore limité à certains jours et à des zones spécifiques, il pourrait, à terme, redéfinir le calendrier informel de la saison estivale dans la région.
O.A Nadir
