« La Couleur dans les mains » de Nora Hamdi : Un film entre mémoire, identité et reconstruction

Le film « La Couleur dans les mains », adapté du roman du même nom, sera projeté à Oran le 12 mai 2026 dans le cadre d’une rencontre consacrée au cinéma et à la mémoire. Cette œuvre, réalisée en 2024, s’inscrit dans une démarche intimiste où le parcours de Yasmine, jeune artiste algérienne confrontée à un passé familial marqué par les violences des années 1990, devient le point de départ d’une réflexion plus large sur la reconstruction par la création.

Entre Alger et Paris, le récit explore les tensions identitaires, les silences hérités et la place de l’art comme espace de réparation intérieure. La peinture, dans ce contexte, ne relève pas seulement de l’expression esthétique, mais d’un langage de survie et de transmission.
Le synopsis du film met en lumière cette trajectoire : pour se loger à Paris, Yasmine, jeune peintre, est contrainte de changer d’identité.
Ce choix imposé la renvoie à l’histoire enfouie de ses parents, disparus alors qu’elle n’était encore qu’un nourrisson. Dans cette quête de vérité, son parcours artistique devient un fil conducteur vers la lumière, à travers la découverte d’un secret familial longtemps enfoui.
Dans un entretien accordé à Algérie Presse, la réalisatrice Nora Hamdi revient sur la genèse et la portée de son œuvre. Elle explique que le film puise en partie dans son histoire personnelle, mêlant réalité et fiction, notamment à travers son parcours d’artiste peintre et son arrivée à Paris. Elle évoque également l’influence de son père, artisan formé chez les Compagnons du Devoir, dont la phrase « tu as de l’or dans les mains » a inspiré le titre du film.
La réalisatrice souligne que le film aborde les questions de racisme et de discrimination identitaire à travers le parcours de son héroïne, contrainte de modifier son nom pour accéder à un logement.
Une situation qu’elle inscrit dans une réflexion plus large sur la mémoire, les héritages historiques et la place de l’identité dans les sociétés contemporaines.
Elle insiste également sur la dimension humaniste de son cinéma, qu’elle refuse de réduire à une étiquette féministe ou militante, mais qu’elle conçoit comme une affirmation de l’égalité et de la liberté individuelle. Selon elle, les personnages doivent pouvoir exister au-delà des catégories sociales ou culturelles qui leur sont imposées.
Avec le recul, Nora Hamdi décrit « La Couleur dans les mains » comme une œuvre intemporelle, en résonance avec des enjeux actuels tels que la banalisation du racisme et les défis du vivre-ensemble.
Elle met en avant la symbolique centrale de la couleur, à la fois picturale et humaine, comme représentation de la diversité et de sa richesse.
La projection à Oran revêt pour elle une dimension particulière.
Le film abordant la tragédie nationale, la réalisatrice rappelle que la ville a été marquée par cette période, tout en demeurant un haut lieu d’expression artistique et musicale. Elle évoque également une pensée pour le chanteur Cheb Hasni, figure emblématique de la ville. Présenter ce film à Oran constitue ainsi, selon elle, un moment de partage fort avec le public et la jeunesse.
Réalisé par Nora Hamdi, le film réunit notamment Kenza Moumou dans le rôle principal.
Sa mise en scène privilégie une approche sensible, proche de la peinture, avec une lumière naturelle et un travail intime sur les personnages.
L’œuvre s’inscrit dans une filmographie cohérente, centrée sur les thèmes de l’identité, de la mémoire et de la transmission.
O.A Nadir

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