Ce que j’en pense: Le motif derrière les motifs d’une veste
>> Par Mira B.
Le satiriste égyptien Bassem Youssef a encore fait sensation, ce 2 novembre, lors de son deuxième « show », face au journaliste britannique Piers Morgan.
Interviewé le 17 octobre dernier, dans le cadre de l’émission « Uncensored », le chirurgien reconverti humoriste depuis les évènements du Printemps arabe, avait accaparé l’attention des téléspectateurs, qui ont sans doute découvert ses talents d’humoriste chevronné à travers la perspective soutenue de défense de la cause palestinienne.
La confrontation entre les deux hommes a mis en évidence un décalage très profond dans la lecture des évènements liés au conflit israélo-palestinien, mais ce qui a vraiment accroché et fait battre les records de visionnage, c’était surtout le pouvoir de la satire en tant qu’outil de sensibilisation et de réveil, dans le but de susciter de nouveaux débats et réflexions autour de la question palestinienne.
À bien des égards, l’émission était une vraie réussite, même si certaines critiques ont voulu l’instrumentaliser en prêtant au personnage des intentions malhonnêtes, l’accusant au moins de vouloir faire du profit sur le dos de la cause.
Peu importe le motif ai-je envie de dire ! Qu’importe donc les intentions qu’on prête aux VOIX pro-palestiniennes tant qu’elles portent haut et fort ce que le monde doit entendre ?! Faire exploser l’audimat, ça sert aussi à construire l’opinion, à mettre toute la lumière sur une cause étouffée par la fumée de la propagande occidentale. Alors, oui, il fallait recommencer, saisir sa chance et investir le plateau-télé pour faire entendre autre chose que les lamentations des réseaux sociaux ou la manipulation de l’extrême droite israélienne, relayée avec ferveur par les médias occidentaux.
Bassem Youssef n’avait même pas besoin d’exagérer, il lui a suffit de montrer les choses telles qu’elles sont et il a assuré les deux fois, remportant la bataille de l’image.
Magistrale fût la leçon d’histoire racontée lors du second talk-show, travaillée sur le motif d’une dénonciation de l’apartheid israélien qui a bafoué les droits des Palestiniens par la force des armes et des politiques de complaisance. Habitué aux joutes verbales accrocheuses, l’invité de Piers Morgan avait déclaré, lors de la première confrontation : « Les Palestiniens sont très difficiles à tuer, vous savez ? Ils ne meurent jamais ! » pour souligner le fait que les Palestiniens continuent de résister à l’occupation israélienne, malgré le massacre de masse qu’ils subissent.
Le maître des punchlines ne s’est pas contenté d’exceller à cet exercice. Dans la dernière interview, quand le journaliste lui demande « pourquoi aucun pays arabe n’accepte d’accueillir tous ces Palestiniens ? », il lui répond : « il y a en Europe des dizaines d’Etats, pourquoi n’accueilleraient-ils pas les Israéliens qui pour beaucoup viennent d’Europe ? », la réplique fait effet, elle déchaîne les réseaux sociaux et suscite moultes discussions.
Le motif est là, pour ceux qui veulent comprendre. Il est là et va encore plus loin dans les détails. Pour couronner le tout, ne rien laisser au hasard, le motif va jusqu’à l’image et son apparence ! Et comme le diable se cache dans les détails, Bassem Youssef y oppose messages et symboliques : L’huile d’olive et le houmous pour raconter la Palestine jusqu’aux motifs berbères sur la veste de laine portée par cet invité de marque.
Ce qui était fascinant, écrit Bassem Youssef sur les réseaux sociaux, c’est que « des gens qui vivaient si loin les uns des autres, que ce soit en Palestine, dans le désert d’Arabie, dans les plaines africaines, dans les montagnes d’Amérique du Nord et du Sud, avaient tant de choses en commun sans qu’ils le sachent. Les couleurs, les dessins, les motifs vibrants. Tous ces gens avaient cela en commun il y a des milliers d’années. C’est peut-être le lien naturel avec la terre. C’est peut-être le langage des peuples autochtones du monde entier : des couleurs, de la chaleur et des tissus fabriqués avec amour. C’est peut-être ainsi qu’ils se sont connectés à la terre. Avec des couleurs, avec amour pour l’histoire, les souvenirs et les racines. Comme ces racines des oliviers qui sont restées là pendant 600 ans. »
Ne sous-estimez jamais le pouvoir de l’humour, surtout quand il est habillé d’une kachabia populaire, aux couleurs et aux motifs de l’union. Cette union qui semble être oubliée par nos dirigeants en costumes de la complaisance !!