Ce que j’en pense: Les mille visages de la trahison

>> Par B. Mira

Comme un coup d’épée dans l’eau, le Sommet arabe décide enfin (plus d’un mois après le déluge d’Al Aqsa) de se réunir « en urgence », ce 11 novembre, en faveur de la question palestinienne.
Lors de la réunion préparatoire de cette session extraordinaire, 11 pays, dont l’Algérie auraient proposé une série de mesures visant à unir les forces des pays arabes pour « mettre fin » aux crimes de l’entité sioniste. Quatre pays arabes auraient refusé les propositions soumises par écrit, et qui comprenaient les suggestions ayant trait à :
– Empêcher l’utilisation des bases militaires américaines et autres dans les pays arabes pour fournir à Israël des armes et des munitions.
– Geler les relations diplomatiques, économiques, sécuritaires et militaires arabes avec Israël.
– Menacer de recourir à l’utilisation du pétrole et autres moyens économiques arabes pour faire pression afin de mettre fin à l’agression.
– Empêcher l’aviation civile israélienne de survoler l’espace aérien arabe.
– Former un comité arabe au niveau ministériel qui se rendra immédiatement à New York, Washington, Bruxelles, Genève, Londres et Paris afin de transmettre la demande du Sommet arabe de mettre fin à l’agression israélienne contre Ghaza.
Selon Al-Arabi Al-Jadeed, « l’Irak, l’Algérie et la Tunisie ont été très troublés par un paragraphe rédigé pour condamner le meurtre de civils tant du côté palestinien qu’israélien, et ces pays ont émis de très fortes réserves écrites sur la résolution », notamment sur les termes : « condamnant le meurtre de civils » au paragraphe (4), « solution à deux États » partout où il apparaît dans la résolution, et « établir des relations normales avec elle » qui a été mentionné au paragraphe (15), car il n’est pas conforme aux lois des Etats ayant refusé la normalisation avec Israël.
Le choix des mots traduit la connotation particulière de cette session extraordinaire. Si on a toujours déploré l’inefficacité de la ligue arabe, il devient évident qu’en plus d’être « des légumes sur un plat de couscous », les pays dits arabes, n’ont aucun poids ni aucune cohérence. Pendant qu’ils « débattent » au nom de l’arabité, en préparation du sommet de la honte, l’hôpital Al-Shifa est assiégé, privé d’électricité et d’oxygène, où médecins, aides soignants et patients dont des nouveaux nés, se font tuer.
Entre les femmes contraintes de quitter l’hôpital à la hâte, les bébés dans les bras, pour échapper aux attaques et les équipes médicales restées sur place avec les patients et les piles de cadavres à évacuer, gravite ce silence insupportable de l’Autorité palestinienne au sein d’un rassemblement aussi inutile que comparse.
Quel spectacle morbide ! Ce sommet a tellement l’air grotesque dans le contexte actuel que c’en est désespérant. C’est donc à cela que se résume l’union prétendue des Etats arabes.
Sommes-nous maudits et condamnés à assister, impuissants, au carnage itératif, pendant que les dirigeants de la désunion se liguent les uns contre les autres pour soutenir secrètement leurs intérêts réciproques au prix de la vie des Palestiniens ? C’est le summum de l’hypocrisie et de la duplicité que de prétendre agir pour la cause palestinienne avec les mots ! Des mots, qui souvent trahissent bien des intentions…
À quoi servent les indignations et les condamnations ? Quand au sein même de la Mecque, les prières sont interdites pour nos frères et sœurs, otages de la folie humaine ? Quand un simple douâa est considéré comme un crime ? Rendez-vous compte, un douâa ! Une petite invocation suppliant Allah de protéger les innocents de Ghaza peut mener droit en prison. Le témoignage du pèlerin algérien qui raconte sa mésaventure surréaliste a fait écho sur les réseaux sociaux et montre que « l’incident » n’était pas isolé et qu’apparemment, il est interdit d’exprimer publiquement son soutien aux Palestiniens.
Qu’on nous cache, alors, ces mille visages de la trahison que nous ne saurions voir !

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