Ce que j’en pense: La nuit dernière… c’était hier

Par Saïd Adel

La nuit dernière, j’ai mal dormi…
Elle fut longue comme le sont les nuits d’hiver et je n’ai qu’un vague souvenir des nombreux cauchemars qui se sont relayés dans un esprit tourmenté porté par un corps fatigué. Mais, je me souviens de cette impuissance en ouvrant les yeux et de cette inquiétude en les refermant pour retourner vers ce sommeil qui me fuit, qui me nie comme on nie une traitrise devenue trop envahissante, qui me fuit comme on fuit un présent prisonnier de demain comme des regrets d’hier…
…Et j’ai mal à ce présent qui se conjugue dans la douleur en vomissant une conformité malsaine mais internationale, malsaine mais démocratique, malsaine et pourtant admise et validée par tous, même par ceux qu’elle enchaîne. Conformité des réactions face aux massacres d’êtres nés sous le mauvais ciel, conformité des jugements qui sacralisent la maltraitance de l’enfant en la ramenant à un état supposé naturel et justifiable, conformité des sanctions qui frappent toujours les mêmes estomacs, les plus affamées…oui j’ai mal à ce présent qui me déguise, qui nous déguise en êtres humains.

La nuit dernière, j’ai mal dormi…
Elle fut agitée comme le sont les nuits des désespérés rongés par la faim et le froid et qui malgré leurs peines souhaitent de tout leur cœur pouvoir rêver et seulement rêver de chaleur, de quiétude et d’une abondance faite de pain en lieu et place d’avoine…un ersatz pitoyable, dégradant et combien parlant pour ceux qui chantent, dansent et se pavanent dans de luxueux palaces en oubliant d’entendre un cri lancé dans leur propre langue …et j’ai mal à ce passé qui se conjugue dans une amnésie qui me déguise, qui nous déguise en culture, en civilisation.

La nuit dernière, j’ai mal dormi…
Elle fut sombre et triste comme le seront les jours de ces apostats qui font des lâchers de colombes blanches devant les caméras et emprisonnent des anges dans des geôles si profondes, si noires, si sales qu’ils finissent par en oublier l’odeur de leur terre pourtant bénie, cette terre qui les a vus naître, grandir et espérer en attendant de pouvoir vivre, cette terre dont on voudrait les extirper comme une mauvaise herbe et les pousser vers nul autre avenir que l’exode vers le néant…et j’ai mal à ce futur qui se conjugue déjà comme une malédiction et qui me renvoie, qui nous renvoie vers une conscience corrompue.

 

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