Atteignant des prix inimaginables: Le jet-ski, entre plaisir et risques

Les jet-skis sont des engins incontournables lors de la saison estivale et nombre de ces moto-marines sont visibles, quotidiennement, sur les plages oranaises. Même si leur activité est réglementée, certains adeptes de cette activité nautique n’hésitent pas à défier les lois. Bien qu’ils doivent circuler à 300 m du rivage, certains d’entre eux s’approchent dangereusement des plages se mêlant aux estivants.
«C’est pour frimer et draguer les filles, c’est pourquoi, ils s’approchent malgré le risque d’accidents », nous dit un estivant rencontré sur la plage des Andalouses. Pour un autre, il s’agit d’un « signe de fortune qu’on veut exhiber, une machine réservée uniquement aux riches ».
Plusieurs de ces scooters des mers sont aperçus tout le long du littoral circulant à grande vitesse. D’une plage à une autre, notamment au niveau des Andalouses, ils prennent le départ des plages de Bousfer et d’Ain El Turck. D’autres propriétaires de jet-ski utilisent leurs véhicules tous terrains pour les tracter jusqu’à la plage. Selon Mounir, un passionné de ces motos aquatiques et propriétaire d’une agence de location de jets-skis, le prix à l’unité peut dépasser le milliard de cts. «Pour un jet-ski Yamaha, il faut compter jusqu’à 12 millions de DA. Pour la marque Kawasaki, il peut dépasser les 14 millions de DA, selon l’année de production et la puissance du moteur. Plusieurs concessionnaires ne ramènent plus de jet-ski vu que son dédouanement coûte une fortune, c’est pourquoi l’offre a reculé sur le marché et ce sont, plutôt, les particuliers qui ramènent des jet-skis de l’étranger, actuellement», explique-t-il.
Plus de 15.000 DA par heure
Le coût de location s’est également envolé. « Beaucoup d’estivants adorent cette pratique aquatique mais chaque jet-ski a son propre tarif de location dépendamment du confort ainsi que de la puissance de l’engin et c’est à partir de 15.000 DA l’heure. Beaucoup de gens vont penser que c’est rentable, mais au contraire, un simple entretien ou réparation peut coûter jusqu’à 20 millions de cts, les pièces de rechange valant très chères » ajoute Mounir. Il rappelle également qu’une moto-marine consomme beaucoup de carburant.
« La puissance du moteur peut atteindre 300 CV et consommer jusqu’à 3500 DA d’essence en une heure et demie ». A propos des manœuvres dangereuses constatés sur les plages, Mounir décrit ces conducteurs comme des cascadeurs. « Certains veulent démontrer qu’ils conduisent bien, d’autres maîtrisent leurs engins avec de l’expérience puisqu’il est important d’en avoir pour conduire dans les vagues ». A ce propos, il raconte une anecdote qui lui est arrivée en 2015, lorsqu’il a chuté d’un jet-ski, s’en sortant avec deux fractures. « J’ai longtemps souffert pour me rétablir », avoue-t-il.
Les accidents sont fréquents et le risque est omniprésent. « J’avais acheté un jet-ski neuf de couleur blanche, je l’ai transporté jusqu’à Bousfer-plage mais j’ai chuté à cause d’un problème d’hélice. J’ai failli mourir, heureusement que je portais un gilet ce jour-là. Avec la vitesse, l’eau devient comme du béton. En 2007, j’ai sauté d’un jet ski et j’ai percuté un rocher, me fracturant le pied », se souvient-il encore. « Il existe toujours des risques, c’est comme un véhicule, si vous êtes prudents, le risque est minime. Toutefois, il y a des personnes qui prennent les jet-skis sous l’effet de l’alcool ou de la drogue. Il y a aussi ceux qui conduisent sans gilet de protection. Ces dépassements existent. Slalomer entre les estivants représente un risque pour ces derniers. Pareil qu’entre les rochers, le jet-ski peut être totalement endommagé en cas de collision » prévient notre interlocuteur.
Notons qu’il est obligatoire de porter un équipement spécifique pour faire du jet ski. Le port d’une combinaison adaptée en néoprène permet entre autres de protéger le corps du jet puissant de la turbine arrière en cas de chute.
Inventé par un avocat américain
La moto-marine a été inventée par Clayton Jacobson II, un avocat american qui rêvait de créer une moto-aquatique. Si son premier prototype fonctionnel n’a été finalisé qu’en 1965, l’idée lui était déjà venue quelques années auparavant. Au début des années 1960, il prenait la moto très au sérieux. Afin d’endurcir son corps et son esprit, il parcourait le désert de Mojave sans manches ni veste renforcée, ce qui est assez dangereux car du gravier peut facilement s’incruster dans une plaie en cas de chute ; c’est d’ailleurs ce qui lui est arrivé. Cette mésaventure lui a donné l’idée non pas de commencer à porter une veste avec des manches, mais d’inventer la moto-marine ! Un peu plus tard, Jacobson quitte son emploi dans la finance pour s’investir à 100% dans le développement de son premier prototype qui aboutit en 1965 : Il s’agit d’un jet à bras assez rudimentaire construit en aluminium et sans guidon mobile. Un second prototype construit en 1966 attire l’attention d’un constructeur de motoneiges, Bombardier (ou BRP). Jusqu’au début des années 1970, Jacobson va construire un total de 12 prototypes différents qui deviennent de plus en plus performants. C’est en 1971 qu’il signe un contrat d’exploitation exclusif avec Kawasaki, qui va produire la première moto-marine ayant un succès commercial : le jet-ski. Suite à ce premier succès, Jacobson et Kawasaki se disputent la parenté de l’invention, suite à quoi plusieurs procès eurent lieu à partir de 1979, tous gagnés par Jacobson qui est reconnu comme inventeur et obtient des compensations financières. Ils arrivent finalement à une entente hors-cours en 1992. Pendant ce temps Jacobson forme un contrat avec Yamaha Motor Company en 1986, où il rejoindra la firme en tant que consultant dans leur division « véhicules marins »
Hamza. B
