Arnaques en ligne : De Naftal à Algérie Poste, l’identité des institutions usurpée

13.204 affaires de cybercriminalité recensées en 2025, impliquant 7 815 individus : c’est le bilan communiqué début avril par la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), qui illustre l’ampleur prise par la fraude numérique en Algérie. Ce chiffre marque une nette progression par rapport aux plus de 2 700 affaires déjà traitées par la Gendarmerie nationale sur les dix premiers mois de 2024, une tendance que les services de sécurité chiffrent à une augmentation annuelle de l’ordre de 15%.

C’est dans ce contexte que Naftal a mis en garde, mardi 11 août, contre de fausses plateformes électroniques usurpant son nom et son logo pour prétendre recevoir des commandes de pneus de la marque Continental, rappelant que sa seule plateforme officielle reste « e-mahata.naftal.dz » et que le paiement s’effectue exclusivement par carte Edahabia ou CIB au retrait, jamais par virement anticipé.
Le cas de Naftal n’est que le dernier épisode d’une série qui frappe, ces derniers mois, la plupart des grandes institutions et entreprises publiques algériennes. Algérie Poste en constitue l’exemple le plus récurrent : l’établissement a multiplié les communiqués d’alerte tout au long de l’année 2026, dénonçant tour à tour de fausses pages Facebook proposant des tombolas fictives, des appels téléphoniques de faux agents cherchant à soutirer le code de vérification envoyé par SMS (OTP), et des sites imitant sa plateforme « e-CCP » pour collecter identifiants et données bancaires.
Ces arnaques reprennent des schémas de phishing classiques adaptés au contexte local, les escrocs se faisant passer pour des agents d’Algérie Poste, de banques partenaires ou de services de sécurité. L’institution a rappelé que ses seuls canaux officiels sont son site www.eccp.poste.dz, les applications BaridiMob et ECCP disponibles uniquement sur Google Play, ainsi que ses comptes certifiés sur les réseaux sociaux, et que ses SMS proviennent exclusivement de l’expéditeur identifié « ALG Poste ».
D’autres institutions financières ont dû réagir de la même manière. La Banque nationale d’Algérie (BNA) a récemment averti sa clientèle contre une plateforme électronique factice imitant son application officielle dans le but de dérober des données personnelles et financières, invitant ses usagers à ne télécharger leurs applications que depuis les canaux officiels de la banque et à ne jamais communiquer mots de passe ou codes de vérification. Un scénario quasiment identique à celui déjà rencontré par Algérie Poste sur la carte Edahabia et le compte courant postal (CCP).

La guerre contre la fraude numérique

Face à cette recrudescence, la Gendarmerie nationale et la DGSN sont sorties, en juillet, d’un communiqué conjoint inédit pour alerter sur de nouveaux procédés d’usurpation ciblant directement la confiance des citoyens envers les institutions publiques : des cybercriminels se faisant passer pour des agents des forces de l’ordre elles-mêmes afin de vider des comptes postaux. Les deux corps ont appelé les citoyens à ne jamais divulguer d’information personnelle ou bancaire, quel que soit le moyen de communication utilisé et quelle que soit la qualité prétendue de l’interlocuteur, et à signaler toute tentative via les numéros verts 1055 et 1548. Début août, la DGSN a publié une campagne de sensibilisation intitulée « Protégez-vous et protégez votre famille », visant en particulier les voyageurs étrangers et la diaspora, et détaillant les principales formes de cybercriminalité auxquelles les internautes s’exposent : fraude numérique, piratage de comptes, vol d’identifiants et chantage électronique.
Les procédés recensés par les enquêteurs se ressemblent d’une affaire à l’autre : de faux concours ou promotions relayés sur des pages imitant à la perfection l’identité visuelle d’une marque, des liens redirigeant vers des formulaires collectant identifiants et codes OTP, ou des appels téléphoniques usant d’un prétexte urgent pour pousser la victime à communiquer une information sensible. Sur le plan judiciaire, Maître Ibrahim Bahloul, avocat au barreau d’Alger, rappelle que la loi incrimine toutes les formes de tromperie réalisées par voie numérique, qu’il s’agisse de la vente de produits inexistants ou du détournement de fonds, mais souligne que l’identification des auteurs et la collecte de preuves numériques exigent des compétences techniques spécifiques ; il recommande aux victimes de conserver systématiquement leurs preuves, captures d’écran de conversations, numéros utilisés et références de transferts bancaires ou postaux.
Les recommandations formulées par l’ensemble des institutions concernées convergent : ne jamais communiquer un code de vérification reçu par SMS, ne cliquer sur aucun lien provenant d’une page non certifiée, vérifier systématiquement l’authenticité d’une offre ou d’un concours auprès des canaux officiels de l’entreprise concernée, et signaler toute page suspecte, que ce soit auprès de l’entreprise usurpée elle-même ou des services de sécurité via les numéros verts dédiés. Dans le cas de Naftal, l’entreprise a précisé disposer d’un centre d’appels au 3305 pour tout signalement, tout en indiquant se réserver le droit d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces usurpations.

G. Salima

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