Orpaillage illicite dans le Sud: Guerre ouverte contre les « chercheurs d’or »

512 individus arrêtés en une seule semaine pour orpaillage illicite : c’est le bilan communiqué hier mercredi par l’Armée nationale populaire (ANP), qui a mené une série d’opérations dans les wilayas de Tamanrasset, Bordj Badji Mokhtar, Illizi et In Guezzam.
Ces actions ont permis la saisie de 25 véhicules, de près de 300 groupes électrogènes, de 125 marteaux-piqueurs, ainsi que de quantités de mélange d’or brut et de pierres, du matériel qui constitue l’attirail habituel des chercheurs d’or clandestins opérant dans le Grand Sud algérien.
Loin d’être un épisode isolé, cette opération s’inscrit dans une longue série de bilans hebdomadaires similaires publiés par le ministère de la Défense nationale tout au long de l’année 2026, illustrant l’ampleur prise par ce trafic aux confins sahariens du pays. D’autres bilans récents font état de chiffres comparables : 299 individus arrêtés fin janvier-début février, 414 en avril, 151 fin juillet, avec systématiquement la saisie de véhicules, de groupes électrogènes, de marteaux-piqueurs et de mélange d’or brut.
Selon une synthèse relayée début août sur ce dossier, l’exploitation illégale des gisements du Sud a connu une évolution alarmante entre 2021 et 2025, passant d’une activité artisanale limitée à un phénomène quasi industriel. Sur cette même période, plus de 70 000 personnes ont été interpellées par les forces de sécurité dans le cadre de la lutte contre ce trafic, qui prive l’État de revenus considérables, l’essentiel de l’or extrait illégalement étant ensuite acheminé et traité à l’étranger.
Le phénomène n’est pas nouveau : les premières incursions d’orpailleurs remontent à 2013, principalement dans le massif du Hoggar et au sud-ouest de Djanet, avant de s’étendre à l’ensemble de la région. Les chercheurs d’or, souvent originaires de pays voisins comme le Niger, le Tchad, le Mali ou la Mauritanie, utilisent principalement des détecteurs de métaux pour repérer les gisements, puis des marteaux-piqueurs et parfois des explosifs pour extraire le minerai, un mode opératoire qui explique la nature du matériel systématiquement saisi par l’ANP lors de ses opérations.
Ce que prévoit la loi
L’exploitation minière en Algérie est aujourd’hui régie par la loi n° 25-12 du 3 août 2025, entrée en vigueur le 10 août 2025, qui a abrogé l’ancienne réglementation et modernisé en profondeur le cadre juridique du secteur. Ainsi, l’exercice d’une activité d’exploitation minière sans titre ou autorisation est passible d’un emprisonnement d’un an à trois ans et d’une amende d’un million à trois millions de dinars, tandis que la prospection ou l’exploration sans autorisation est punie de deux mois à deux ans de prison et d’une amende de 200.000 à 2 millions de dinars. Les fouilles illégales de sites géologiques ou la collecte et la vente de minéraux sans autorisation exposent quant à elles à une peine de six mois à un an de prison et à une amende de 500.000 à un million de dinars.
Fait notable, la nouvelle loi ne se contente pas d’interdire et de sanctionner : elle introduit également un cadre légal pour l’exploitation artisanale, désormais ouverte à tout citoyen algérien sur un périmètre libre et à une profondeur jugée sécuritaire, sous la supervision de l’Agence nationale des activités minières. Cette disposition vise à sortir une partie de l’activité de l’illégalité en offrant une voie réglementée aux orpailleurs de nationalité algérienne, même si son application concrète reste, selon plusieurs observateurs du secteur, encore marginale face aux exigences techniques et financières qu’elle impose.
Au-delà de la seule question minière, la lutte contre l’orpaillage illicite s’inscrit, dans la communication de l’ANP, dans un dispositif plus large de sécurisation des frontières sud, aux côtés de la lutte contre le terrorisme, la contrebande de carburants et de denrées alimentaires, le trafic d’armes et l’émigration clandestine.
M. Salah
