Ce que j’en pense: Pardon !
Par Moncef Wafi
Lorsqu’on ne possède que l’empathie pour seule arme contre l’injustice ou l’acharnement du sort et des hommes, on ne peut que demander, en silence, pardon à tous ces millions de gens qui souffrent de par le monde.
Quand les larmes remplacent les actions et que la compassion se conjugue à l’impuissance, c’est que le délit du voyeurisme menace d’investir les sentiments les plus innocents. Dans ces moments de troubles où le fusil tire sur le fils de l’homme, où l’enfant pleure son père, mort sous ses yeux, où au nom d’un idéal religieux obscur, on égorge l’autre comme un vulgaire bestiau, la frontière entre le fanatisme et le meurtre est ténue.
En cet hiver sibérien, le monde continue à essorer l’aliénation des hommes et partout où les intérêts du monde civilisé, de la démocratie occidentale sont en jeu, on assiste à un assaut commando de la folie. Dans ces contrées où le pétrole régit la politique, où la sécurité d’Israël est au-dessus de la vie d’un Arabe, le feu de la sédition est allumé au nom d’un Printemps importé, d’un Dieu alibi ou d’un nationalisme douteux.
Sur ces terres de la Résistance et de la désolation, une petite fille palestinienne pleure la famille, la patrie, la lâcheté du monde. Installée dans un camp où le froid et la pluie sont des invités indésirables, ses larmes doivent peser aussi lourd qu’une montagne de plomb sur la conscience des régimes arabes, monarchies et républiques fussent-ils. Le monde est complice de non-assistance à personne en danger, l’ONU reste sourde, BHL est devenu antimilitariste et l’OTAN ne s’ingère plus dans les affaires des autres. Enfin quand ça l’arrange.
Nous aussi, chacun à son niveau, sommes complices de ce qui se passe dans le monde. Nous sommes coupables par notre silence, notre passivité face aux souffrances de nos frères et sœurs. Nous sommes coupables par notre indifférence désarmante, face aux exactions commises sous nos yeux embuées et au lieu de protester, nous préférons nous prosterner parce que nous avons trouvé tout le monde à genoux.
Que faire alors ? : fermer les yeux, détourner le regard, faire semblant que le cours de la rivière n’a pas débordé et que les hommes sont toujours bienveillants. Convoquer la résilience, peut-être, ou bien non, puisque la résilience est une invention d’un esprit qui a mangé à sa faim et qui s’est vengé jusqu’à n’en plus pouvoir. Le crime est un tout comme la victime, mais les coupables sont légions et nous sommes tous coupables.