Flambée des prix : Les marges bénéficiaires dans le viseur

Plus de 7.000 agents de contrôle mobilisés en permanence, week-ends compris, soit près de 80 % des effectifs de la Direction générale du contrôle économique et de la répression des fraudes : le chiffre, avancé ce lundi par le ministère du Commerce intérieur, dit l’ampleur de la bataille engagée contre la hausse des prix.
Invité de la chaîne 3 de la Radio nationale, Kamel Boukheddache, directeur central au sein de cette direction générale, a annoncé l’élaboration d’un projet de loi destiné à plafonner les marges bénéficiaires des différents intervenants dans la commercialisation de certains produits de large consommation, à commencer par les fruits et légumes.
Le texte vise les trois maillons de la chaîne, l’agriculteur, le grossiste et le détaillant. Le responsable a reconnu que la multiplication des intermédiaires, qui prélèvent chacun leur part, alimente la flambée constatée par le consommateur final. Il a précisé que le texte est élaboré en concertation avec les professionnels de la filière, et rappelé que l’État a déjà plafonné le prix de la pomme de terre à 90 dinars.
Ce plafond est une réponse à une envolée sans précédent. En effet, le kilo de pomme de terre a atteint entre 120 et 140 dinars, un niveau présenté comme inédit dans l’histoire du pays. La tomate s’est souvent négociée entre 150 et 160 dinars jusqu’à 180 dinars, la courgette a parfois dépassé 180 dinars et la salade s’est affichée entre 200 et 250 dinars.
Le 1er octobre 2026, un Conseil interministériel a donné ses directives. Après un accord avec les représentants des filières agricoles et des gestionnaires de chambres froides, le ministère a fixé le prix à la sortie de l’exploitation entre 60 et 70 dinars le kilo, et le prix au détail entre 80 et 90 dinars. Les brigades de contrôle ont lancé dès le 3 octobre des sorties ciblées sur les marchés, avec rapports quotidiens exigés par les services centraux.
L’idée de s’attaquer aux marges n’est pas neuve. Début 2022, un projet de loi était déjà annoncé par le ministère du Commerce, qui dénonçait alors des marges de 100 %, voire de 200 % chez certains commerçants. Le ministre précisait que le texte viserait les marges et non les bénéfices, dans le cadre de la lutte contre la spéculation.
Appel à la vigilance
En janvier 2024, Sami Kolli, alors directeur général du contrôle et de la régulation des activités, avait déjà évoqué, sur les ondes de la Radio nationale, un élargissement possible de la liste des produits concernés aux fruits et légumes, dont la pomme de terre, l’oignon et l’ail.
Le dispositif s’est ensuite concrétisé par décret, produit par produit. Pour les légumes secs et le riz conditionnés, le décret exécutif signé par le Premier ministre Nadir Larbaoui fixe les plafonds à 5 % au conditionnement, 5 % en gros et 8 % au détail. Un décret du 20 août 2024 a fait de même pour le café, dont le prix plafond à la consommation est aussi encadré, selon Algérie Eco.
En avril 2025, l’État a plafonné cinq produits : la banane à 400 dinars le kilo, la pomme entre 350 et 450 dinars selon la qualité, la pomme de terre à 100 dinars, l’agneau local à 2 500 dinars le kilo et la tasse de café à 30 dinars. Les contrevenants s’exposaient à la saisie des marchandises et à une proposition de fermeture de leur commerce.
Pourtant, les résultats restent contrastés puisque, pour exemple, le plafond fixé pour la banane n’a jamais été appliqué par les commerçants. L’organisation de protection du consommateur Himayatec a pour sa part salué le prix de 90 dinars tout en dénonçant la mauvaise qualité de certains tubercules vendus à ce tarif, signe que la contrainte sur le prix peut déplacer le problème vers la qualité.
Au contrôle administratif s’ajoute un outil numérique. Dimanche, le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national a lancé la plateforme « Tawassol – voix du consommateur », selon un communiqué. Les citoyens peuvent y signaler le non-affichage des prix, le non-respect des prix réglementés ou plafonnés, les manquements aux règles d’hygiène et les perturbations dans la disponibilité des produits de large consommation. La plateforme comprend aussi un espace de demande d’informations pour les opérateurs économiques et les citoyens, ainsi qu’un espace d’orientations et de conseils pour diffuser la culture de consommation. Elle est accessible à l’adresse tawassol.commerce.gov.dz, et une application mobile est annoncée prochainement.
T. Feriel
