La mort pour les bourreaux d’enfants : La décision de Tebboune saluée

Deux catégories de crimes, et deux seulement, verront désormais la peine de mort effectivement exécutée en Algérie : les incendiaires volontaires dont l’acte a causé la mort, et les ravisseurs de mineurs ainsi que les auteurs de sévices sur enfants.

C’est ce qu’a arrêté le président Abdelmadjid Tebboune, réuni en Conseil des ministres dimanche 6 septembre, un choix confirmé et resserré une semaine à peine après sa première annonce sur les pyromanes, et qui rompt avec le moratoire de fait observé par l’Algérie depuis 1993.
Des organismes nationaux et des juristes ont salué cette extension du champ d’application de la peine capitale aux crimes ciblant l’enfance. Dans une déclaration à l’APS, la Déléguée nationale à la protection de l’enfance, Meriem Cherfi, y voit la traduction de « l’intérêt majeur que porte le président de la République à la protection de l’enfance » et l’expression de « l’engagement de l’Etat algérien à faire face, avec la plus grande fermeté », aux crimes d’enlèvement et aux sévices qui en découlent. Selon elle, le durcissement des peines envoie un signal fort : la protection de l’enfant relève d’une « responsabilité nationale » qui ne tolère « aucun laxisme ».
Le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (FOREM), Mustapha Khiati, a pour sa part rappelé que les récentes agressions sur mineurs ont « ébranlé la société algérienne » et alimenté une demande sociale ancienne de sanctions maximales. De son côté, le professeur de droit Moussa Boudhane a estimé que l’application de la peine capitale à ces crimes « ne porte atteinte ni aux libertés publiques ni aux droits de l’homme », tandis que Kheira Bensalem, professeure de sciences juridiques à l’université Djilali-Bounaama de Khemis Miliana, juge la mesure « proportionnée à la nature et à la gravité » des faits visés.
Le calendrier fixé par la présidence est serré. Le ministre de la Justice a été chargé, dès la fin août, de préparer un texte avant le 15 septembre, avant son passage en Conseil du gouvernement puis sa transmission à l’Assemblée populaire nationale.

Revendication populaire

Le Conseil des ministres de dimanche a confirmé ce délai tout en bornant explicitement la réforme aux deux catégories de crimes retenues, sans extension aux autres infractions pour lesquelles le Code pénal prévoit déjà cette peine.
Cette double révision s’inscrit dans un climat d’émotion sociale accumulée depuis plusieurs mois autour du sort des mineurs. L’Algérie a été marquée coup sur coup par plusieurs affaires qui ont suscité une indignation durable : l’enlèvement et l’assassinat du petit Abderrahmane à Chlef, l’affaire Marwa Boughachiche, ainsi que la disparition, restée dans les mémoires, du petit Rayan Dilmi.
Plus récemment, la tentative d’enlèvement d’une fillette de dix ans à Draria, filmée et diffusée massivement sur les réseaux sociaux avant l’arrestation de son auteur, avait ravivé l’inquiétude des familles quant à la sécurité des enfants dans l’espace public. C’est dans ce contexte que des voix, y compris au sein de la magistrature, réclamaient depuis l’automne dernier le rétablissement de la peine capitale pour l’enlèvement d’enfants, sans qu’un texte officiel ne vienne alors concrétiser cette demande.
La décision ne fait toutefois pas une unanimité totale au-delà des personnalités citées par l’APS. Des juristes et des partis politiques ont exprimé des réserves sur la méthode retenue, pointant le calendrier resserré de l’examen parlementaire, et plus largement sur le fond de la réforme. Des organisations de défense des droits humains rappellent de longue date que la peine de mort n’a jamais démontré d’effet dissuasif supérieur à celui de l’emprisonnement à perpétuité, et alertent sur le risque d’erreur judiciaire irréparable inhérent à toute exécution, un risque documenté y compris dans des systèmes judiciaires dotés de garanties procédurales avancées.
L’articulation entre les deux volets de la réforme n’est pas fortuite : les autorités présentent la lutte contre les incendies volontaires et celle contre les crimes visant les mineurs comme les deux faces d’une même politique de fermeté pénale, née dans l’urgence de l’été 2026 et destinée à répondre, selon les mots de Mustapha Khiati, à « une revendication populaire » de longue date.
Ch.G

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