Piquages illégaux, forages illicites… : Revoilà la police de l’eau !

Près de 40% de l’eau injectée dans les réseaux algériens est perdue entre fuites physiques et piquages illégaux, un chiffre alarmant confirmé à plusieurs reprises par le ministre des Ressources en eau, Lounès Bouzegza, lors de sa visite à Sidi Bel Abbès.
Le ministre a appelé à intensifier les efforts pour lutter contre les fuites d’eau et à moderniser le service public grâce à la numérisation et à l’installation de compteurs intelligents, tout en annonçant la réactivation de la « police de l’eau », destinée à lutter fermement contre toute infraction ou exploitation illégale des ressources hydriques.
Cette annonce n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une série de sorties du ministre sur le terrain ces dernières semaines, de Béchar à Oum El Bouaghi en passant par Biskra, où il a systématiquement martelé le même message. À Béchar fin juillet, Bouzegza avait précisé que cette police de l’eau constitue en réalité la réactivation d’un dispositif déjà prévu par la loi relative à l’eau de 2005, mais resté jusque-là largement lettre morte, et que le gaspillage et les vols représentent jusqu’à 50% des volumes dans certaines wilayas, pointant du doigt agriculteurs, éleveurs et industriels adeptes des raccordements clandestins, forages illicites et prélèvements excessifs. Plus récemment, à Oum El Bouaghi, il a annoncé la finalisation imminente d’un décret régissant ce nouveau corps de contrôle, doté d’un pouvoir de sanction et habilité à mener des contrôles inopinés sur les branchements sauvages et les forages non déclarés.
Parallèlement au volet répressif, le ministère mise sur la généralisation progressive des compteurs intelligents, déjà testés par l’Algérienne des eaux (ADE) depuis 2025 avec des résultats jugés probants : les premiers essais avaient révélé une amélioration de 11% de la précision des mesures par rapport aux compteurs classiques, ainsi qu’une capacité à détecter les fuites lentes et les tentatives de fraude que les équipements traditionnels ne pouvaient pas identifier. L’enjeu financier est de taille pour l’ADE, dont le taux de facturation de l’eau réellement produite ne dépasserait que 45% dans les cas les plus critiques ; l’entreprise vise un taux de 70% grâce à ce nouvel équipement. Cette modernisation s’accompagne également du déploiement de systèmes de télésurveillance et de plateformes de gestion à distance, à l’image de l’application « Qotra AI » développée par la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (SEAAL), destinée à optimiser la gestion des réseaux hydriques grâce à l’intelligence artificielle.
Au-delà des annonces, le ministère a commencé à durcir concrètement sa posture : une série de réunions tenues avec les responsables de wilayas a débouché sur le lancement systématique d’actions en justice contre les auteurs de raccordements non autorisés sur les réseaux de distribution, une bascule du simple avertissement vers la sanction judiciaire.
T. Feriel

Bouton retour en haut de la page