Sortie de la liste grise du GAFI : Les orientations de Tebboune

C’est la nouvelle qui a éclipsé toutes les autres lors du Conseil des ministres présidé dimanche par Abdelmadjid Tebboune : l’Algérie a officiellement quitté la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), deux ans après s’y être retrouvée inscrite. Numérisation, archéologie, ferroviaire ont également été à l’étude au cours de cette réunion.

Le chef de l’État n’a pas caché sa satisfaction, remerciant nommément le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque d’Algérie. Au-delà de la formule protocolaire, le constat est sans ambiguïté: l’Algérie tourne la page d’un épisode qui avait écorné son image sur les marchés financiers internationaux.
Le calendrier mérite d’être rappelé. Inscrite sur la liste grise en octobre 2024, l’Algérie en a été retirée le vendredi 19 juin 2026, lors de la session plénière du GAFI tenue à Paris, au siège de l’OCDE. Le vote a été unanime, après la mise en œuvre complète d’un plan d’action et des visites d’évaluation sur le terrain jugées concluantes. L’Algérie n’est pas sortie seule : la Namibie quitte elle aussi la liste à cette occasion, tandis que l’Irak et la Bosnie-Herzégovine y font leur entrée, un mouvement qui porte à vingt-deux le nombre de juridictions sous surveillance renforcée.
Derrière ce verdict, deux années de mise en conformité accélérée. La loi de 2005 sur la prévention du blanchiment de capitaux a été révisée par la loi n° 25-10 de juillet 2025, et la Banque d’Algérie a multiplié les règlements de contrôle interne, dont ceux de 2024 et 2025 portant spécifiquement sur la vigilance bancaire. Le GAFI lui-même a salué, dans son rapport, les avancées réalisées sur la supervision fondée sur les risques, la transparence des bénéficiaires effectifs des sociétés et le renforcement de la déclaration des opérations suspectes — des progrès confirmés par une mission d’évaluation des experts du GAFI menée en Algérie en avril 2026. Pendant la plénière, l’organisme a même salué « la volonté politique » du pays et « l’efficacité de ses réformes » — un satisfecit rare pour un État sortant de surveillance renforcée.
Concrètement, qu’est-ce que ça change ? La réponse est limpide : la levée des mesures de contrôle strict appliquées systématiquement par les banques étrangères aux transferts de fonds depuis et vers l’Algérie. Concrètement, c’est la fin d’un cauchemar administratif : tant qu’un pays figure sur la liste grise, le GAFI impose aux banques du monde entier d’appliquer une vigilance renforcée sur chaque transfert, ce qui se traduisait par des blocages de fonds parfois étalés sur plusieurs semaines.
Pour une entreprise algérienne pressée d’encaisser un paiement export, la différence est tout sauf symbolique.
L’effet attendu va au-delà des seuls flux bancaires. L’étiquette de pays sous surveillance pesait sur les entrées de capitaux étrangers, à cause du « risque de réputation » qu’elle induisait auprès des multinationales ; sa disparition devrait au contraire rassurer les investisseurs.
Un climat financier assaini pourrait faciliter l’accès du pays aux financements extérieurs, alors même que l’Algérie vient d’adopter un budget record pour 2026.
Reste que cette sortie de liste n’a rien d’un acquis figé, et c’est précisément, à ce propos, que le chef de l’Etat a ordonné aux ministres des Finances et de la Justice de garantir une transparence sans faille des transactions financières « à l’avenir ». Pour cause, le GAFI continue de suivre les pays sortis de sa liste via ses mécanismes d’évaluation mutuelle, et tout relâchement réglementaire pourrait conduire à un réexamen.
L’échéance suivante est déjà fixée. Une nouvelle évaluation internationale est prévue à l’horizon 2029, et elle s’annonce plus exigeante que la précédente puisqu’elle ne se contentera pas de vérifier la conformité des textes, mais mesurera l’efficacité réelle du dispositif sur le terrain. Conscients de l’enjeu, certains corps professionnels s’organisent déjà : la Chambre nationale des commissaires aux comptes a présenté une feuille de route courant jusqu’en 2029, avec formations obligatoires et inspections thématiques programmées dès 2028.
Par ailleurs, le Portail national des services numériques entre en service, et la Haut-commissaire à la numérisation a reçu pour mission d’élaborer la carte sociale nationale avant la rentrée. Sur le rail, Tebboune a réclamé une accélération des travaux de la ligne Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa, avec un raccordement de Hassi Messaoud pensé pour soutenir les exportations de la nouvelle raffinerie locale.

Une police pour l’archéologie

Deux nouvelles structures ont été actées : un Haut conseil consultatif dédié aux scientifiques algériens établis à l’étranger, et une Agence nationale d’archéologie dotée de sa propre police, toutes deux rattachées directement à la Présidence. En clôture, le chef de l’État a instruit la création d’une société algéro-chinoise de nettoyage portuaire, en lien avec les futures exportations de phosphate via Annaba.
G. Salima

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