Ils font l’objet de deux plaintes pénales: Kamel Daoud et son épouse rattrapés par la justice

L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud et son épouse seront prochainement convoqués par le juge d’instruction près le tribunal d’Oran dans le cadre d’une enquête préliminaire suite à deux plaintes déposées contre eux. Le couple Daoud est accusé d’avoir utilisé indûment l’histoire d’une rescapée d’une attaque d’un groupe armé dans les années 1990 pour l’écriture du roman Houris qui a eu le prix Goncourt 2024. Les deux plaintes relèvent du droit pénal.
« La semaine prochaine, nous allons avoir une date pour confirmer nos deux plaintes. Dès que les plaintes seront confirmées par les plaignants, le juge va procéder à la convocation de Kamel Daoud ». C’est ce qu’a révélé Me Fatima Zohra Benbraham, au cours d’une conférence de presse organisée, jeudi dernier, à Alger. L’avocate de Saada Arbane, la jeune femme qui affirme être le personnage principal du roman Houris de l’écrivain franco-algérien a lancé un défi à ce dernier de venir s’expliquer devant la justice algérienne. Deux plaintes ont été déposées, en août dernier, au tribunal d’Oran. L’une concerne le lauréat du prix Goncourt 2024 alors que son épouse est impliquée dans la seconde plainte. « Il s’agit de deux affaires distinctes. La première a été déposée par Mme Saada qui a été occultée tout au long du livre de Daoud. Même Gallimard considère qu’elle n’existe pas, et c’est très grave. Aujourd’hui, vous l’avez vu en chair et en os. La deuxième affaire concerne toutes les victimes du terrorisme et les familles des disparues qui ont déposé plainte contre Daoud pour lui dire que tu as fait une violation manifeste et une lecture erronée de l’article 46 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale », a détaillé l’avocate.
Me Benbraham a révélé des détails sur cette affaire, notamment la relation entre Saada Arbane et la femme de Daoud. « C’est un membre de sa famille qui lui a dit qu’il connaissait une psychiatre à Alger. Il lui a donné son numéro et son adresse. Mme Saada est partie voir la psychiatre qui n’est autre que l’épouse de Kamel Daoud. Le couple Daoud planifiait l’écriture de ce roman depuis des années. Daoud est allé voir la mère de Saada pour lui demander l’autorisation d’écrire un livre sur l’histoire de sa fille. Elle a refusé. Ensuite, un jour, l’épouse de Daoud a invité Saada Arbane chez elle où elle a rencontré pour la première Daoud. Ce dernier lui a demandé l’autorisation d’écrire son histoire et lui dit qu’ils allaient gagner beaucoup d’argent et qu’elle pouvait acheter un logement en Espagne. Elle a refusé. Elle leur a dit qu’elle était bien en Algérie », a affirmé l’avocate Benbraham. Les plaintes ont été déposées en août dernier, soit quelques jours après la sortie du roman.
« Dès la publication du livre, nous avons déposé deux plaintes contre Kamel Daoud et son épouse A.D, la psychiatre qui a soigné la victime Saâda Arbane », a déclaré l’avocate. Selon elle, la première plainte « a été déposée au nom de l’Organisation nationale des victimes du terrorisme » et la seconde « au nom de la victime », soit la survivante du massacre, Saâda Arbane.

Violation du secret médical

L’avocate a expliqué que ces plaintes ont été déposées au mois d’août dernier, bien avant l’attribution du prix Goncourt à Kamel Daoud. « Nous n’avons pas voulu en parler, afin qu’il ne soit pas dit que nous voulions perturber la nomination de l’auteur pour le prix », a-t-elle affirmé. Me Fatima Benbraham poursuit que l’une des plaintes porte sur « la violation du secret médical », car l’épouse de l’auteur, la psychiatre de Saâda Arbane, lui a remis tout le dossier médical de sa patiente. L’autre plainte porte sur « la diffamation des victimes du terrorisme et la violation de la loi sur la réconciliation nationale », a précisé l’avocate.
L’écrivain a soutenu que son roman est une fiction, cependant Saâda Arban se dit être le vrai personnage du roman de Kamel Daoud. Elle accuse le lauréat du prix Goncourt 2024 d’avoir raconté son histoire sans son consentement. Cette femme révèle qu’elle était suivie par une psychiatre qui n’est autre que la seconde épouse de Kamel Daoud. Saâda Arban accuse cette psychiatre d’avoir violé le secret médical la concernant. La victime se dit « choquée et salie par la récupération qu’elle a subie à travers la divulgation de son intimité et son histoire tragique devenue un fonds de commerce pour le compte d’un livre édité en France ».
G. Salima

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