Ce que j’en pense: L’attiseur des flammes
Par Moncef Wafi
De ses joues décharnées, il souffle le vent de la haine, attisant les flammes pour mieux admirer l’ombre de sa démesure dans le feu destructeur. Chevauchant son destroyer en acier, il contemple de loin les moulins de la Mitidja qu’il souhaite, secrètement, voir se transformer en gibet. D’une relation d’Etat, il en a fait une affaire personnelle, demandant, à qui veut le croire, de le laisser assumer un bras de fer, devenu, à son grand désappointement, un bras d’honneur, selon lui. Lui, c’est Bruno Retailleau, porte-parole de l’extrême-droite dans le gouvernement français et accessoirement ministre de l’Intérieur.
Pas un jour ne passe sans que Retailleau ne monte sur la Tour Eiffel, et menace de son maigre index, la terre de tous ses fantasmes. Dans sa hotte du Grinch, les visas, les tarifs douaniers, les arrestations, les rapatriements forcés, les attentats terroristes, Enrico Macias, Boualem contre Boualem, Cherki et Akliouche…
Celui qui ne doit sa présence à l’hôtel Beauvau qu’au jeu complexe des quotas, ne cesse d’alimenter la chronique entre les deux pays excellant dans son rôle d’un Eole essoufflé, à vouloir raviver les braises ardentes d’une colonisation que ni lui ni son maître à penser, le chevalier Philippe de Villiers, ne veulent voir s’éteindre. Alors, il a sorti la sulfateuse contre l’immigration qu’il assimile allègrement à l’islamisme et au «one, two, three, viva l’Algérie» de tous ses cauchemars.
Se positionnant à l’extrême droite de la droite traditionnelle, et après avoir été nommé, une première fois, au poste de ministre de l’Intérieur au sein du gouvernement Barnier, succédant à la colombe Darmanin, il proclame les fondamentaux idéologiques de sa croisade. Il annonce vouloir «prendre tous les moyens» pour faire «baisser l’immigration», cherchant à rétablir le délit de séjour irrégulier, délit que la France a abrogé sous la pression de Bruxelles. Retailleau se tourne aussi vers des moyens plus coercitifs en s’attaquant à l’Aide médicale d’État et en démocratisant les charters vers l’Irak, le Kazakhstan et l’Égypte pour offrir un billet sans retour aux étrangers qui veulent mourir français. Il veut même aller plus loin que la girouette Valls en durcissant les conditions de régularisation des sans papiers. Parmi ses recettes amères, Ratatouille instaure, fin octobre, la logique des résultats en obligeant les préfectures de police à faire du chiffre sans autre forme de procès. Le gars a même proposé au gouvernement de revenir sur les propositions d’interdiction du voile pour les accompagnatrices de sorties scolaires et les étudiantes à l’université. Ce n’était pas à l’ordre du jour, lui a-t-on gentiment répondu.
Retailleau ose encore parler d’humiliation de la part d’Alger qui a refusé de réceptionner son cadeau, lui qui passe son temps à vouloir humilier les milliers de migrants qui ont fui la corruption érigée en mode de gouvernance par les patrons français sur les terres d’Afrique. Que lui et tous les Retailleau de France se jettent dans la Seine en souvenir de leur idole Roger Frey.