Stationnement sur les trottoirs: Les piétons en danger

À Oran, se déplacer à pied devient un véritable défi. Dans de nombreux quartiers de la ville, les trottoirs sont régulièrement occupés par des véhicules stationnés en toute illégalité. Cette pratique banalisée prive les piétons de leur espace naturel et les oblige souvent à marcher sur la chaussée au milieu de la circulation, au risque d’accidents.
Dans des secteurs comme Gambetta, El Hamri, Akid Lotfi ou Maraval, des voitures montent sur les trottoirs, parfois entièrement, bloquant le passage. Les enfants, les personnes âgées ou les usagers vulnérables sont ainsi contraints de faire des détours ou d’emprunter la chaussée.
Abdelkader, chauffeur de taxi dans le quartier de Gambetta, dénonce une réalité quotidienne.
« Chaque matin, les trottoirs sont occupés par des voitures. Les piétons, surtout les enfants et les personnes âgées, sont obligés de marcher sur la route. C’est dangereux, mais c’est devenu une habitude à laquelle plus personne ne réagit », témoigne-t-il.
Pourtant, le code de la route algérien interdit formellement le stationnement sur tout ou partie des trottoirs, qui doivent rester libres pour les piétons. Malgré cela, ces infractions continuent de se multiplier dans le tissu urbain, handicapant gravement la circulation et la sécurité des usagers à pied.
Selon un bilan de la Sûreté de wilaya, 7197 véhicules ont été immobilisés pour mauvais stationnement, incluant notamment des stationnements non conformes comme le stationnement sur trottoirs ou devant des accès interdits.
Par ailleurs, des campagnes de contrôle routier menées récemment ont permis de relever des centaines d’infractions liées à des comportements contraires à la réglementation, parmi lesquelles figurent des cas de stationnement interdit. Lors d’une opération de la sûreté de wilaya d’Oran en octobre 2025, 221 cas de stationnement interdit ont ainsi été constatés en l’espace de quelques jours.
Pour Abdelkader, le problème dépasse largement l’absence de parkings.
« Même quand il y a des places un peu plus loin, certains préfèrent se garer sur le trottoir par facilité. Ce n’est pas seulement un problème de parkings, c’est surtout un manque de civisme », estime-t-il.
Manque d’aires de stationnement
Le manque de places de stationnement réglementées à Oran est reconnu comme un facteur aggravant. Une analyse locale indique qu’à l’exception de quelques rares parkings officiels, il existe un déficit important d’aires de stationnement organisées dans le centre ville et les zones à forte activité, ce qui incite certains automobilistes à rechercher des solutions de facilité, parfois au détriment des trottoirs.
Outre les risques pour la sécurité des piétons, cette pratique a des conséquences économiques et sociales importantes. Les trottoirs se détériorent rapidement sous le poids des véhicules, les dalles se fissurent, les bordures s’affaissent et certains passages deviennent impraticables, imposant des coûts de réparation supplémentaires aux municipalités.
L’accès difficile aux commerces impacte également l’activité économique locale, car les clients hésitent parfois à s’arrêter dans des zones encombrées.
Face à ce phénomène, certaines initiatives locales ont été menées pour libérer l’espace public. Des campagnes de dégagement des trottoirs et des voies publiques ont été réalisées par les autorités locales, visant à enlever objets, installations illégales et véhicules stationnés de manière anarchique pour améliorer la circulation des piétons et des automobilistes.
Enfin, la question relève aussi de la responsabilité citoyenne. Les automobilistes qui choisissent de se garer sur les trottoirs, même par facilité ou manque ponctuel de place, contribuent à un désordre urbain qui affecte l’ensemble des habitants.
O.A Nadir
