Fraude au Bac 2026: Les condamnations s’enchainent

Pour fraude au baccalauréat 2026, le tribunal correctionnel de Cheraga (Alger) a condamné, le 9 juin, deux prévenus à quatre ans de prison ferme chacun, assortis d’une amende de 200 000 dinars, avec mandat de dépôt immédiat et confiscation des objets saisis.
L’affaire, transmise au parquet le 7 juin par la Brigade territoriale de la Gendarmerie nationale de Belle Vue, met en scène un binôme familial. M. Dj. S., candidat libre, a été surpris en flagrant délit au CEM Aboubaker Benzini d’Ain Benian : il photographiait les sujets avec son téléphone portable et les transmettait via WhatsApp à sa sœur, M. S., restée à l’extérieur du centre. Celle-ci utilisait ChatGPT pour générer les réponses et les lui renvoyait par la même messagerie.
Poursuivis en comparution immédiate pour « diffusion et divulgation, pendant les examens, des sujets et réponses des épreuves finales de l’enseignement secondaire au moyen de technologies de communication à distance », les deux accusés ont été reconnus coupables en application des articles 253 bis 6 et bis 7 du Code pénal.
L’affaire de Cheraga n’est pas isolée. Depuis l’ouverture des épreuves du baccalauréat le 7 juin 2026, les parquets de plusieurs wilayas ont communiqué sur des affaires similaires, traduisant une mobilisation judiciaire coordonnée à l’échelle nationale.
Le premier cas signalé a été enregistré à Biskra, dès le premier jour des épreuves : une candidate au lycée Larbi Ben M’hidi a été prise en flagrant délit d’utilisation d’un dispositif Bluetooth miniature lors de l’épreuve de langue arabe. Sa sœur, complice, a été placée sous mandat de dépôt avec elle.
À Tlemcen, le tribunal a prononcé quatre ans de prison ferme contre un candidat libre et son complice, après que les investigations ont révélé l’existence d’un enregistrement audio entre les deux suspects, attestant d’une tentative de fuite des réponses.
À Laghouat, le parquet a signalé la détection d’échanges de SMS entre cinq personnes contenant des réponses à l’épreuve de langue arabe durant la première heure.

Une stratégie répressive assumée

Présentés en comparution immédiate le 8 juin, les mis en cause ont écopé de peines allant de quatre à cinq ans de prison ferme, assorties d’amendes comprises entre 400 000 et 500 000 dinars, avec incarcération immédiate de l’ensemble des condamnés.
Pour rappel, la session du Brevet d’enseignement moyen (BEM), qui a précédé le baccalauréat, n’a pas été épargnée. À Sidi Bel Abbès, une investigation technique du Service central de lutte contre la cybercriminalité a permis d’établir qu’une employée administrative d’un collège avait transmis un sujet à une complice le 20 mai, jour de l’épreuve de sciences islamiques, qui l’avait ensuite diffusé sur un groupe Facebook dédié aux candidats. Les condamnés ont écopé de cinq ans de prison ferme et 500 000 dinars d’amende chacun, avec mandat de dépôt.
Ces verdicts s’inscrivent dans une stratégie répressive assumée. Le Code pénal prévoit des sanctions progressives : d’un à trois ans de prison pour les délits simples sans circonstance aggravante, des peines plus lourdes lorsque les faits impliquent des personnes chargées de la surveillance ou des groupes organisés recourant à des moyens de communication à distance. Dans les cas les plus graves, notamment lorsque la divulgation entraîne l’annulation des épreuves, les auteurs s’exposent à des peines de sept à quinze ans de réclusion et à des amendes comprises entre 700 000 et 1,5 million de dinars.
Sur le plan préventif, les autorités ont officiellement ouvert des canaux de communication directs avec Facebook et TikTok pour activer des mécanismes de signalement et de blocage des pages diffusant des contenus liés aux examens, tandis que des cellules de veille ont été installées au sein de l’organisme de lutte contre la cybercriminalité de la Gendarmerie nationale.
Pour autant, l’affaire de Cheraga marque une escalade qualitative dans les modes opératoires : l’intégration de l’intelligence artificielle générative au cœur d’une tentative de fraude en temps réel constitue un précédent documenté qui ne manquera pas d’alimenter la réflexion sur l’adaptation du dispositif de sécurisation des examens nationaux.
G. Salima

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