25 morts dans un accident de bus à Boumerdès: Le carnage continue sur nos routes

25 morts et 44 blessés : c’est le bilan revu à la hausse de l’accident de bus survenu ce vendredi matin dans la région de Berrahmoun El-Karma, en périphérie de la wilaya de Boumerdès. Le drame s’est produit sur la voie d’évitement de Berrahmoun El-Karma, où les services de la Protection civile sont intervenus dès 9h41 après le renversement d’un autocar assurant la liaison depuis Sétif.
Le véhicule aurait dérapé avant de tomber dans un ravin sur la descente d’El Kerma, sur la RN 24, un axe routier situé à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alger. D’importants moyens ont été mobilisés sur place, la Protection civile ayant déployé une dizaine d’ambulances pour évacuer les blessés vers les structures hospitalières environnantes, l’opération de secours s’étant poursuivie une bonne partie de l’après-midi. Les causes exactes du sinistre n’ont pour l’heure pas été précisées par les autorités.
Le Premier ministre Sifi Ghrieb s’est rendu sur les lieux du drame dès l’annonce du bilan, avant de se déplacer au chevet des blessés pris en charge à l’hôpital universitaire de Boumerdès afin de s’enquérir de leur état de santé et des conditions de leur prise en charge médicale.
Ce bilan replace le drame de Boumerdès parmi les accidents de bus les plus meurtriers qu’ait connus l’Algérie ces dernières années. Selon les données citées par la presse nationale, les accidents impliquant des bus ne représentent pourtant que 3 à 5 % du total des sinistres routiers, mais affichent un taux de mortalité 2,3 fois supérieur à la moyenne, avec un nombre de victimes par accident oscillant généralement entre huit et douze personnes. Le précédent le plus lourd remonte au 19 juillet 2023, lorsqu’une collision entre un autocar assurant la liaison Tamanrasset-Adrar et un véhicule utilitaire avait fait 34 morts et 12 blessés. En 2020 déjà, une collision entre deux bus survenue à Biskra, imputée à un excès de vitesse, avait coûté la vie à 12 personnes et blessé 46 autres. Ces drames à répétition, souvent liés à la vitesse excessive, à l’état du réseau routier ou à la vétusté des véhicules, avaient conduit le ministre des Transports Saïd Sayoud à affirmer que neuf accidents de bus sur dix étaient liés à l’excès de vitesse.
Cette tragédie relance douloureusement la question de la sécurité routière et de la vétusté du parc national de transport de voyageurs, un sujet devenu récurrent depuis l’accident de l’Oued El Harrach survenu à Alger en août 2025, lorsqu’un autobus était tombé dans le cours d’eau, causant la mort de 18 personnes et faisant 25 blessés.
Oued El Harrach, le point de bascule
Cet épisode avait poussé le président Abdelmadjid Tebboune à ordonner le retrait progressif des bus les plus anciens, dans un contexte où plus de 84 000 véhicules de transport collectif étaient jugés à renouveler à terme, dont environ 28 000 âgés de plus de vingt ans. Un vaste programme d’importation de 10 000 autobus neufs, financé notamment via des exonérations totales de droits et taxes prévues par la loi de finances 2026 ainsi qu’une réduction de la TVA à 9 % sur le transport de voyageurs, a depuis été engagé, avec des livraisons successives en provenance de Chine et d’Allemagne assurées notamment par le constructeur Higer, par l’Établissement de développement de l’industrie de véhicules relevant du ministère de la Défense, ou encore par l’opérateur Tirsam. Ce plan de modernisation n’a toutefois pas suffi à enrayer la répétition des accidents impliquant des bus et des poids lourds.
Sur le plan réglementaire, ce nouveau drame survient alors que l’Algérie vient tout juste de se doter d’un nouveau code de la route, entré en vigueur après sa publication au Journal officiel du 17 mai 2026 sous la référence loi n°26-09. Ce texte, adopté par l’Assemblée populaire nationale fin décembre 2025 puis révisé par le Conseil de la nation après la contestation des transporteurs, élargit la responsabilité pénale et civile à l’ensemble des acteurs du secteur, qu’il s’agisse des concepteurs et gestionnaires d’infrastructures ou des auto-écoles en cas de délivrance irrégulière de permis. Il introduit notamment la notion de « points noirs » pour les intersections comptabilisant au moins trois accidents par an, rend obligatoire le port de la ceinture de sécurité pour les passagers arrière et prévoit des peines pouvant atteindre 20 ans de prison et deux millions de dinars d’amende lorsqu’un accident mortel implique un poids lourd, un véhicule de transport en commun, de transport scolaire, de taxi ou de marchandises. Pour la seule année 2025, les statistiques officielles de la Protection civile faisaient déjà état d’un bilan de 2 066 morts et près de 90 000 blessés, avec plus de 82 000 interventions liées à des accidents de la circulation, un chiffre qui illustre l’ampleur du défi auquel se heurtent les autorités malgré le durcissement de l’arsenal juridique et l’effort budgétaire consenti pour moderniser le parc automobile national.
G. Salima
