Gynécologie obstétrique : Appel à réduire le recours à la césarienne

Le chef de service Gynécologie-obstétrique à l’établissement hospitalo-universitaire (EHU) « Nafissa Hamoud », Pr Mokrane Medjtoh a appelé, vendredi à Alger, à réduire le recours à la césarienne, compte tenu « de ses graves conséquences » sur la santé de la femme.

S’exprimant en marge du 4e Congrès de chirurgie gynécologique, le spécialiste a affirmé que « la césarienne sauve souvent la vie de la maman et de son bébé. En revanche, elle est à l’origine de plusieurs problèmes de santé dont le placenta accreta, voire parfois des problèmes au niveau de l’appareil digestif et de la vessie, causant ainsi des hémorragies pouvant mettre en péril la vie de la femme ».
Le Pr Medjtoh n’a fait que mettre le doigt sur un sujet déjà signalé par les professionnels de la santé et le ministère de tutelle. A ce propos, le ministre de la Santé, Abdelhak Saihi, a annoncé, en juin dernier, avoir donné des instructions aux cliniques privées pour réduire le nombre de césariennes et réserver cette pratique uniquement aux cas extrêmes. Ainsi, et devant l’augmentation en hausse, ces dernières années, du nombre des cas d’accouchements par césarienne, particulièrement dans le secteur privé, le Gouvernement s’est dit alarmé.
En effet, et selon une étude intitulée « différences de soins dans le secteur public et le secteur privé» faite par les économistes Mohammad Abu-Zaineh, Marwân-al-Qays Bousmah et Juliette Mita, parue dans la revue internationale de la santé, économie et management en 2021, sur 1.000.000 de naissances en Algérie, 92,6% ont lieu dans le secteur public où le nombre de césariennes ne dépasse pas 7%. Quant au secteur privé vers lequel se dirigent 7,4% des parturientes, le taux de césariennes est de 53%. Pour rappel, l’organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’un taux de césariennes qui dépasse 15% ne se justifie pas d’un point de vue médical.
Pour sa part, le président du conseil de l’ordre des médecins, Dr Mohamed Bekkat Berkani, a indiqué que cette explosion du nombre de césariennes en Algérie est causé par deux facteurs principaux, qui sont le choix de la parturiente et l’aspect financier (une césarienne coûte plus cher qu’un accouchement par voie basse dans le secteur privé).

La palme au secteur privé

« Le ministre de la santé n’a fait que rappeler aux médecins leur travail. La pratique de césarienne ne devrait être prescrite qu’en cas dystocique où un accouchement par voie basse pourrait représenter un danger pour la parturiente ou le nouveau-né », déclare Dr Bekkat, en ajoutant : « De nos jours, de nombreuses femmes optent pour la césarienne pour un accouchement qu’elles estiment moins risqué et moins douloureux. Aussi, il ne faut pas omettre le fait que pratiquer une césarienne est beaucoup plus rentable pour une clinique privé. »
Par ailleurs, lors de ce Congrès auquel ont assisté des spécialistes en néphrologie et en chirurgie générale, il a été question du cancer de l’ovaire et de l’endomètre, de la chirurgie du prolapsus et du placenta accreta, tous liés au recours croissant à la pratique de la césarienne et qui causent plusieurs décès chez les femmes.
Qualifiant la chirurgie du placenta de très compliquée, compte tenu du nombre considérable de poches de sang qu’elle exige, Pr Medjtoh a indiqué que les chirurgiens algériens ne recourent plus, depuis 2019, à la technique de prothèse, en raison de son inefficacité et des complications qu’elle cause aux femmes au fil du temps. Une femme sur deux est atteinte du prolapsus génital après la cinquantaine et la ménopause, a-t-il précisé, rappelant les facteurs de risque notamment l’âge, les accouchements répétés et l’obésité.
Selon le professeur, 17% des femmes atteintes de cette pathologie manifestent des symptômes comme la rétention urinaire, l’apparition d’une masse dans la partie inférieure de l’appareil génital, les troubles digestifs et la constipation, outre des problèmes d’ordre sexuel.
Lors de ce congrès qui a duré deux jours, de nombreuses opérations chirurgicales ont été effectuées au niveau du service Gynécologie-obstétrique à l’établissement hospitalo-universitaire (EHU) Nafissa Hamoud (ex-Parnet), diffusées en direct au profit des conférenciers au Palais de la culture « Moufdi-Zakaria », en sus de plusieurs interventions.
R.N

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