Financement climatique: Quid des marchés du carbone ?
Lors de l’atelier national sur le financement climatique et les marchés du carbone, ouvert mardi à Alger, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a plaidé pour un mécanisme de coordination garantissant la cohérence des politiques publiques, associant secteurs économiques et financiers, universités, centres de recherche et expertise étrangère. Il a aussi demandé d’impliquer davantage le secteur privé et de permettre aux banques nationales de contribuer, tout en attirant des financements étrangers. Les marchés du carbone, a-t-il insisté, ne doivent pas se réduire à un outil de conformité environnementale : il y voit un champ économique à part entière, capable d’attirer des investissements, de favoriser le transfert technologique et de créer de la valeur.
Le chef de l’Exécutif a mis en avant l’action de Sonatrach et de Sonelgaz : programme solaire, élimination du torchage routinier, objectif de zéro émission de méthane en 2030, efficacité énergétique, captage de carbone et hydrogène vert. Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a rappelé que le programme national d’énergies renouvelables vise 15 000 MW en 2035. Sa première phase prévoit 3 200 MW, dont 760 MW sont déjà en service.
Sur le plan international, le Premier ministre a défendu le principe des « responsabilités communes mais différenciées » et réclamé des mécanismes comme le Fonds vert pour le climat plus réactifs : procédures simplifiées, davantage de subventions et de financements concessionnels, garanties d’investissement. Le dossier n’est pas théorique : le 28 octobre, le Fonds vert a approuvé le premier projet algérien, une subvention de 43 millions de dollars pour le Barrage vert, auxquels l’État ajoute 56,5 millions de dollars de cofinancement.
Concernant l’article 6 de l’Accord de Paris, M. Ghrieb a demandé d’encadrer la participation du pays, en garantissant la transparence des opérations, l’absence de double comptage des réductions d’émissions et la protection des intérêts nationaux. Le ministre des Finances, Mohammed Lamine Lebbou, a proposé d’intégrer le financement climatique au budget, à la fiscalité, aux marchés publics, au système bancaire et au marché des capitaux, avec une fiscalité fondée sur le principe du pollueur-payeur et des incitations fiscales et douanières pour l’investissement vert. Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a lui insisté sur des règles claires garantissant l’intégrité des crédits carbone et la protection des droits liés aux actifs carbone.
En marge de l’atelier, l’Algérie et le Programme des Nations unies pour le développement ont signé un projet destiné à renforcer la capacité de Sonatrach à mesurer, déclarer et vérifier ses émissions de méthane, avec un système fixe de détection des fuites, conformément au cadre OGMP 2.0. Il comprend aussi une étude de faisabilité sur le potentiel de l’hydrogène vert. La ministre de l’Environnement, Kaouter Krikou, a pour sa part annoncé que la participation algérienne à la COP31, prévue ce mois-ci en Turquie, s’appuiera sur un programme d’envergure.
G. Salima
