Inondations en Algérie: Un automne sous vigilance

Plus de 800 personnes tuées en à peine deux heures de pluies torrentielles : c’est le bilan resté gravé dans la mémoire collective algérienne depuis le « samedi noir » du 10 novembre 2001 à Bab El Oued, et c’est ce spectre que les autorités locales s’efforcent aujourd’hui d’écarter à l’approche de la saison des intempéries.
Les wilayas du pays poursuivent ainsi la mise en œuvre de mesures préventives et proactives en prévision des changements climatiques attendus avec la fin de l’été et le début de l’automne, a indiqué hier samedi un communiqué du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports.
Selon ce texte, cette mobilisation fait suite aux instructions données par le ministre Saïd Sayoud lors de sa dernière réunion de coordination avec les walis de la République, au cours de laquelle il avait insisté sur la nécessité de prendre toutes les mesures préventives et de rehausser le niveau de disponibilité opérationnelle face aux intempéries prévues en cette période de transition saisonnière. Le ministère précise que les wilayas continuent de concrétiser sur le terrain une série d’actions dans ce sens.
Le communiqué détaille la tenue de réunions de coordination régulières, associant les différents services et organismes concernés, afin de suivre le niveau de préparation, d’identifier les points sensibles et les points noirs, et d’arrêter les plans d’intervention tout en mobilisant les moyens humains et matériels nécessaires. Parallèlement, les opérations de nettoyage et d’entretien des réseaux d’évacuation des eaux pluviales, des avaloirs, des réseaux d’assainissement, ainsi que des oueds et cours d’eau se poursuivent, avec la levée des obstacles et le traitement des insuffisances constatées, dans le but de garantir la fluidité de l’écoulement des eaux et de réduire les risques de stagnation et d’inondation.
Le texte insiste enfin sur le renforcement de la coordination entre les différents services et organismes, pour garantir la rapidité et l’efficacité de l’intervention face à toute urgence, en particulier dans les zones exposées au risque d’inondation. Ces mesures s’inscrivent, souligne le ministère, dans l’approche préventive arrêtée par le ministre, destinée à renforcer la disponibilité opérationnelle des collectivités locales et à contribuer à la protection des citoyens et de leurs biens face aux effets potentiels des intempéries.
Nouvelle doctrine
Cette vigilance institutionnelle, désormais reconduite chaque année à l’approche de l’automne, trouve sa source dans une série de catastrophes qui ont marqué le pays depuis le début des années 2000. La plus meurtrière reste, de loin, celle du 10 novembre 2001 : une crue soudaine de l’oued Koriche, alimentée par un orage d’une rare violence, avait dévalé les hauteurs du quartier populaire de Bab El Oued jusqu’à la mer, sur près de dix kilomètres, faisant plus de 800 morts et une centaine de disparus, selon les bilans relayés par plusieurs médias à l’occasion des commémorations annuelles de cette tragédie. Plus de 3000 immeubles avaient été détruits ou endommagés, pour des dégâts matériels évalués à l’époque à environ 24 milliards de dinars. Le drame avait mis en lumière la vétusté des réseaux de drainage, le défaut d’entretien des avaloirs et une urbanisation anarchique sur les lits d’oued, des carences que les autorités disent depuis s’efforcer de corriger.
Sept ans plus tard, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2008, jour de l’Aïd El-Fitr, la vallée du M’Zab, à Ghardaïa, a connu à son tour une crue qualifiée d’exceptionnelle par les autorités locales. Les eaux de l’oued M’Zab, gonflées par plusieurs affluents, ont fait une trentaine de morts et plusieurs centaines de blessés, tout en emportant des milliers d’habitations et en endommageant neuf des treize communes que comptait alors la wilaya.
Depuis, les épisodes de pluies torrentielles se sont succédé presque chaque année, avec des bilans plus limités mais une régularité qui interroge sur l’efficacité des dispositifs de prévention.
C’est cette accumulation d’épisodes meurtriers, souvent liés à des infrastructures de drainage vétustes, à l’occupation des lits d’oued et à la soudaineté des crues sur les hauts plateaux et dans le sud du pays, qui explique la nouvelle doctrine affichée par le ministère de l’Intérieur : anticiper plutôt que subir. La mise à jour des plans d’intervention, à l’image du plan Orsec, l’établissement de cartes d’inondabilité interdisant la construction sur les lits d’oued, ainsi que le nettoyage systématique des réseaux d’évacuation avant chaque saison à risque, constituent désormais le socle d’une politique de prévention dont l’enjeu reste, chaque année, de tenir la comparaison avec le lourd tribut payé par le pays depuis Bab El Oued.
T. Feriel
