Ce que j’en pense: Ramadhan à l’oranaise

Par O.A Nadir

À Oran, le Ramadhan ne se contente pas d’être un mois de jeûne : c’est un véritable carnaval silencieux où chacun joue son rôle avec un sérieux théâtral.
Dès l’aube, la ville s’éveille au son des réveils, des bouilloires qui sifflent et des voisins qui, sans le vouloir, deviennent des percussionnistes d’opéra matinal. Le F’tour est déjà un concept en soi. Dans les rues, tu croises celui qui court vers la boulangerie comme s’il poursuivait un trésor enfoui depuis mille ans, et celle qui examine chaque datte comme si c’était un diamant rare.
Mais la magie de ce Ramadhan, c’est l’inventivité locale. Tu as le jeûneur qui goûte discrètement la chorba pour s’assurer qu’elle n’est pas trop salée, et la voisine qui, tout en récitant des versets, négocie le prix du poisson frais au marché comme une experte de Wall Street. Les enfants, eux, ont inventé leur propre calendrier : chaque minute avant l’Iftar est une épreuve d’endurance entre les rires et les bêtises, entre les bouchées volées et les regards foudroyants des parents.
Les téléphones sont partout, car chaque Iftar doit être immortalisé, même si personne ne se souviendra vraiment du goût du plat. Les stories fusent, les vidéos s’accumulent, et pourtant, au milieu de ce chaos numérique, on rit. On rit des astuces pour cacher un morceau de gâteau, des astuces pour allonger la cuisson du café, et des astuces pour arriver en retard à la mosquée sans être reconnu.
Et puis il y a ceux qui sortent « pour prendre l’air » et reviennent avec des sacs pleins de gâteaux, de jus ou de fruits secs, comme si leur promenade nocturne était en réalité une expédition gastronomique secrète. Dans ce théâtre quotidien, chaque habitant est acteur et spectateur à la fois. Les règles non écrites du Ramadhan à Oran sont simples : ne pas mourir de faim, ne pas mourir de rire, et surtout, ne pas se faire attraper en train de goûter.
À la fin de la journée, quand les lampadaires s’allument et que la ville se calme, tu observes cette symphonie d’absurdités avec un sourire. Les jeûneurs, les enfants, les voisins… tous survivants d’une comédie collective où le vrai miracle n’est pas seulement de jeûner, mais de le faire avec humour, inventivité et un sens aigu du spectacle. Et moi, assis là, je me dis que si le Ramadhan est un art, les Oranais en sont les Picasso du désordre joyeux.

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