Ce que j’en pense: Briller de mille feux

Par B. Mira

Pétards, produits fumigènes et feux d’artifice sont les stars des produits pyrotechniques utilisés à diverses occasions à travers le monde. Ces dernières années en Algérie, malgré leur « interdiction », ils continuent de ravir les jeunes gens, heureux cette fois-ci de célébrer leur réussite à l’examen du Brevet d’enseignement moyen.
Traditionnellement utilisés au nouvel an et lors des processions religieuses, les pétards sont aujourd’hui concurrencés par l’usage croissant des fumigènes et des feux d’artifice lors d’événements marquants : Mawled Ennabaoui, mariages, manifestations sportives, …
Synonymes de fête, ces produits suscitent chez certains une aversion méprisante envers les amateurs des « jeux sonores », assimilant la nuisance sonore à la délinquance et à la précarité sociale et culturelle. Les valeurs prétendument « civiques » s’opposent ainsi au plaisir, à l’émotion et au « zahwanisme », perçus comme peu conformes à la bienséance et au snobisme ambiant.
Il serait intéressant d’aborder cette opposition dans une perspective anthropologique, en réfléchissant aux interactions entre l’environnement sonore, l’espace public, ainsi qu’aux dynamiques sociales et culturelles propres à cet environnement commun.
Les pratiques populaires de la pyrotechnie ne sont en réalité qu’une « explosion de joie », une expression davantage descriptive et perceptive qui se manifeste par des « sonorités éclatantes ». Si cela est perçu comme une source de nuisance et comme l’expression ultime d’une misère culturelle par certains, ces « jeux », bien que dangereux, représentent pour d’autres une habitude commune dans laquelle un groupe humain se reconnaît implicitement comme une « communauté d’écoute ».
Bien que l’usage des pétards soit surtout caractéristique des quartiers populaires, il représente un ensemble de conduites sonores constituant une « manière de faire » la fête, s’incarnant dans la tradition des anciens qui usaient des « coups de baroud ». Cela confère aux festivités une forte dimension émotionnelle ainsi qu’un ensemble de valeurs partagées propres à chaque groupe social concerné.
Assimiler cela à un quelconque traumatisme est complètement aberrant et absurde ! S’il existe divers moyens de briller, même ce que l’on considère comme « dérisoire » mérite considération. Bien qu’il soit utile de rappeler que l’usage inapproprié des pétards et autres artifices de divertissement est à l’origine de nombreux accidents et perturbations de l’ordre public, il est également bon de mettre de côté sa hargne et son ressentiment (le temps d’une soirée) et de laisser aux jeunes le plaisir de se réjouir des mille feux de leur réussite, aussi modeste soit-elle.
Félicitations à tous et bon courage pour la suite !

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