Hausse du SNMG et de l’allocation chômage : Un tournant social assumé

Le relèvement du Salaire national minimum garanti (SNMG) de 20 000 à 24 000 dinars et l’augmentation de l’allocation chômage à 18 000 dinars, approuvés lors du dernier Conseil des ministres, marquent une nouvelle étape dans la stratégie sociale engagée depuis 2020.
Intervenant au JT de 20h, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Abdelhak Saïhi, a insisté sur le caractère « pleinement assumé » de ces décisions, présentées comme la traduction directe des engagements du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Le ministre a rappelé que ces mesures s’ajoutent aux multiples revalorisations salariales et indemnitaires opérées depuis cinq ans, malgré un contexte mondial fragile. Exonérations fiscales en 2020, augmentations successives entre 2022 et 2024 : la masse financière cumulée de ces décisions atteint, selon lui, 900 milliards de dinars. Au total, les hausses enregistrées depuis 2020 ont concerné l’ensemble des fonctionnaires, pour un taux global avoisinant les 53 %.
La revalorisation de l’allocation chômage à 18 000 dinars s’inscrit, selon Abdelhak Saïhi, dans une démarche de protection sociale du primo-demandeur d’emploi. Depuis son lancement en 2022, le dispositif a déjà permis à plus de 947 000 jeunes d’accéder à un emploi permanent, soutenu par la dynamique économique actuelle.
L’inscription s’effectue entièrement par voie numérique via l’Agence nationale de l’emploi (ANEM), qui assure orientation et suivi. L’allocation est attribuée pour un an, renouvelable une seule fois, sous condition de suivre une formation qualifiante destinée à faciliter l’insertion.
Invité de la Radio nationale, le directeur général de l’Emploi et de l’Insertion, Malik Atailia, estime que la hausse du SNMG aura un effet « positif et direct » sur les jeunes comme sur les fonctionnaires. Il appelle toutefois à une stabilisation des prix : « Sans contribution des commerçants, l’impact des augmentations sera neutralisé. »
Ce sont aujourd’hui 1,5 million de jeunes qui perçoivent l’allocation chômage, majoritairement des diplômés universitaires ou des centres de formation professionnelle. La hausse de 3 000 dinars vise à renforcer l’employabilité et à améliorer l’acquisition de compétences. Environ 300 000 bénéficiaires ont suivi une formation liée au dispositif, et 104 000 ont déjà été intégrés dans des postes permanents. À fin octobre 2025, les entreprises avaient déposé plus de 490 000 offres auprès de l’ANEM, permettant l’intégration de 370 000 demandeurs. Le nombre total de requêtes dépasse désormais 1,2 million
Un impact direct
Le secrétaire général de l’UGTA, Amar Takdjout, qualifie la hausse du SNMG de « promesse tenue » par le chef de l’État. Il rappelle que cette revendication avait été formulée le 1er Mai 2024. Pour lui, cette revalorisation s’inscrit dans un processus devant mener à une augmentation salariale cumulée de « 100 % » à moyen terme. Il met néanmoins en garde : « Sans un appareil productif solide, les augmentations risquent d’être absorbées par l’inflation. »
Pour l’expert en développement économique Abderrahmane Hadef, la décision « aura des répercussions positives sur les acquis sociaux », le SNMG demeurant un référent majeur dans la structuration de la masse salariale. Il souligne également son impact économique, directement lié à la relance de la consommation — moteur essentiel de la croissance.
Mustapha Zebdi, président de l’APOCE, salue une hausse « significative » et appelle à intensifier les efforts de stabilisation des prix, notamment à l’approche du Ramadan. Même satisfaction du côté du secteur éducatif : Sadek Dziri (UNPEF) et Messaoud Amarna (FNESRS) estiment que ces décisions renforceront le pouvoir d’achat et amélioreront les conditions de vie des salariés.
Le secrétaire général du Syndicat algérien des paramédicaux, Lounes Ghachi, souligne pour sa part que cette mesure contribuera à « améliorer les conditions sociales » des personnels, fortement touchés par la perte de pouvoir d’achat.
Sur la Radio nationale (Chaîne 2), l’économiste Houari Tighersi rappelle que l’inflation actuelle oscille entre 4 et 5 %, un niveau largement inférieur à celui d’il y a dix ans. Pour lui, la revalorisation salariale était devenue indispensable après l’absence d’ajustement général depuis 2008. Il note que ces mesures s’inscrivent dans une stratégie visant à mieux structurer la consommation, réguler le marché et renforcer les mécanismes de contrôle, notamment grâce à la numérisation du paiement et à la maîtrise des licences d’importation.
Il met également en avant le rôle croissant des start-up, de l’innovation et de l’université dans la transformation économique. Concernant l’agriculture, il rappelle que le secteur a contribué à hauteur de 38 milliards de dollars au PIB, soit près de 15 %, une part appelée à croître avec le développement de l’industrie de transformation.
G. Salima
