Call centers : Le Gouvernement se penche sur le dossier

Le Premier ministre Sifi Ghrieb a présidé, hier mercredi, une réunion du Conseil de Gouvernement consacrée à trois dossiers de portée nationale : le développement des centres d’appels, la préservation du foncier agricole et forestier face aux projets d’infrastructure publique, et la contribution de l’Algérie à l’Accord de Paris sur le climat.
L’inscription du dossier sur les call centers à l’agenda gouvernemental n’est pas un fait isolé. Le ministère de la Poste et des Télécommunications avait annoncé, fin novembre 2025, une nouvelle stratégie visant à « pénétrer un marché prometteur tant au niveau régional qu’international », avec pour premier objectif la création de 10 000 postes d’emploi à l’horizon 2027. Le ministre Sid Ali Zerrouki avait alors inauguré à Ouargla un centre d’appels commun aux trois opérateurs publics – Algérie Poste, Mobilis et Algérie Télécom – présenté comme la première brique concrète de cette vision.
Ce centre d’appels commun à Ouargla a déjà permis la création de plus de 400 emplois directs, avec un objectif de 1 000 postes d’ici mi-2026. Parallèlement, le ministre avait réuni les opérateurs économiques du secteur pour identifier les solutions permettant d’élargir leurs services sur le marché national et de faciliter leur participation aux salons internationaux, afin d’attirer de nouveaux contrats. Il avait également reconnu l’existence d’obstacles administratifs freinant la croissance du secteur, s’engageant à les lever.
Les chiffres avancés témoignent de l’échelle des ambitions : la vision gouvernementale vise à réaliser 150 millions de dollars de revenus en 2027, pour atteindre 1,2 milliard de dollars en 2029, avec à la clé la création de 300 000 postes d’emploi.
La réalité actuelle du tissu économique est plus modeste. L’Algérie comptait 95 centres d’appels actifs en mai 2025, en hausse de 4,4 % par rapport à 2023. L’activité BPO reste concentrée sur le marché domestique, les opérateurs télécoms historiques et les banques publiques demeurant les principaux donneurs d’ordre. Le retard accumulé par rapport aux voisins maghrébins est patent : dès 2008, le Maroc totalisait déjà 30 000 emplois dans ce secteur et la Tunisie 10 000, selon les données disponibles à l’époque.
Le potentiel de rattrapage existe cependant. Les revenus du marché africain de l’externalisation des processus métier (BPO) devraient atteindre 9,42 milliards de dollars d’ici 2030, contre 7,15 milliards en 2025, une croissance largement tirée par les entreprises clientes en quête d’une main-d’œuvre qualifiée à coûts réduits. L’Algérie dispose d’atouts : un vivier francophone d’environ 15 millions de locuteurs, une population jeune et une progression notable de l’anglais dans les universités depuis la rentrée 2025-2026. Dans sa stratégie « Algérie numérique 2030 », le Gouvernement entend faire du numérique un moteur de diversification économique et de renforcement du positionnement du pays aux niveaux régional et international.
Le Conseil de Gouvernement a par ailleurs examiné la question de l’implantation de projets publics sur des terres agricoles ou forestières. Le Gouvernement a passé en revue les modalités permettant de concilier la réalisation d’infrastructures et d’investissements avec la préservation des terres arables et du patrimoine forestier national, en orientant systématiquement les projets vers des assiettes foncières non-agricoles et non-forestières.
Enfin, une communication a été présentée sur la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) de l’Algérie dans le cadre de l’Accord de Paris. Il a été rappelé que l’Algérie figure parmi les pays les plus exposés aux effets du dérèglement climatique – désertification, stress hydrique, sécheresses récurrentes – et que le pays réaffirme son engagement en faveur d’un modèle de développement résilient, sobre en carbone et inclusif.
T. Feriel
