Commerce extérieur : Ce qui va changer à partir du 1er juillet

Produits périssables, micro-exportations, traders intermédiaires, distribution des importations : le ministère du Commerce extérieur resserre l’étau sur les pratiques frauduleuses avec un dispositif entrant en vigueur dans les prochains jours.
À compter du 1er juillet 2026, le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations déploie un arsenal réglementaire en quatre volets, destiné à mettre fin aux contournements qui alimentent la fuite de devises et brouillent la traçabilité des flux commerciaux. Le dispositif a été présenté lundi par Samir Derradji, directeur général de la promotion des exportations, lors de son passage sur la Chaîne 3 de la Radio nationale.
Ces mesures s’inscrivent dans un contexte de vigilance accrue. Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a déploré à plusieurs reprises l’existence de malversations dans les exportations, notamment la sous-facturation et le non-rapatriement des devises, dénonçant début mai l’émergence d’une nouvelle forme de fraude après des années de surfacturation des importations. Un trou de 350 millions de dollars aurait été identifié dans les opérations d’exportation algériennes lors d’une réunion consacrée au commerce extérieur.
Première cible : les exportateurs de produits frais et périssables, qui bénéficiaient jusqu’ici d’un régime dérogatoire leur permettant d’expédier leurs marchandises avant d’accomplir les formalités de domiciliation bancaire. Un délai de quinze jours leur était accordé pour régulariser leur situation — délai que beaucoup ne respectaient pas, rendant le suivi du rapatriement des recettes quasiment impossible. La nouvelle règle est simple : tout exportateur de produits périssables devra présenter la facture domiciliée de son opération précédente avant d’être autorisé à effectuer une nouvelle expédition. Le rapatriement des recettes d’exportation est encadré par la réglementation, qui impose à l’exportateur de rapatrier les fonds dans un délai maximal de 360 jours à compter de l’expédition des biens ou de la réalisation du service.
Deuxième brèche colmatée : celle des exportations d’une valeur inférieure à 100 000 dinars, exemptées jusqu’à présent de domiciliation bancaire pour faciliter les échanges de faible montant. Cette facilité a été détournée par des opérateurs qui fractionnaient artificiellement des transactions importantes en une multitude de petites opérations pour échapper aux contrôles.

Un trou de 350 millions de dollars

Ces exportations devront désormais faire l’objet d’une autorisation préalable du ministère du Commerce extérieur, qui disposera ainsi d’une visibilité complète sur l’ensemble des flux.
Troisième mesure, et sans doute la plus structurante : les traders — ces intermédiaires qui exportent des produits achetés auprès de producteurs nationaux — seront désormais tenus de présenter une autorisation du producteur validant le prix réel de la marchandise avant toute opération de domiciliation bancaire. Cette mesure, notifiée aux directeurs des banques commerciales par l’Association des banques et établissements financiers (ABEF), exclut les exportateurs de produits agricoles et s’appliquera à titre exceptionnel jusqu’au lancement de la nouvelle plateforme numérique dédiée à l’exportation.
L’enjeu est direct : mettre fin à la sous-facturation, pratique consistant à exporter des marchandises algériennes à des prix artificiellement bas pour conserver une partie des recettes à l’étranger. Le président Tebboune avait cité l’exemple des dattes algériennes, exportées à l’étranger à un prix nettement inférieur à celui pratiqué sur le marché national. Le phénomène a pris une dimension criminelle : en mai dernier, la Gendarmerie nationale a démantelé un réseau utilisant la sous-facturation à l’export et l’importation de voitures neuves comme façade pour blanchir près de quatre millions de dollars, avec quinze suspects présentés devant les juridictions compétentes.
Quatrième volet, côté importation : les opérateurs important des marchandises destinées à la revente en l’état devront communiquer à l’administration un plan détaillé précisant les lieux de stockage, les circuits de distribution et les destinations commerciales prévues. Cette mesure, élaborée en coordination avec le ministère du Commerce intérieur, vise à contrer les comportements spéculatifs — notamment le stockage délibéré dans l’attente d’une hausse des prix, pratique particulièrement documentée dans le secteur des pièces de rechange automobiles.
Pour Samir Derradji, ces quatre dispositions s’inscrivent dans une logique de fond : assainir l’environnement économique pour le rendre plus attractif aux investisseurs et aux partenaires étrangers. Le contexte est préoccupant : les réserves de change algériennes sont tombées à 45 milliards de dollars fin 2024, contre près de 200 milliards en 2014, faisant de la maîtrise des flux de devises un enjeu de premier plan pour les autorités. G. Salima

Bouton retour en haut de la page