Une mineure au cœur d’une polémique à l’écran : L’ANIRA recadre Echourouk TV

 

L’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA) a haussé le ton, lundi, en obtenant le retrait d’une bande-annonce et l’annulation d’un épisode de l’émission Acht ou Cheft diffusée sur Echourouk TV.

En cause : la mise en scène d’une mineure dans un contenu promotionnel consacré aux «risques liés au téléphone portable et à l’absence de contrôle parental», jugée contraire aux dispositions de la loi relative à l’information et au cahier des charges régissant l’activité audiovisuelle.
La bande-annonce mettait en scène un père ayant prétendument découvert des contenus numériques inappropriés attribués à sa fille mineure. Après avoir convoqué les responsables de la chaîne pour recueillir leurs explications, l’ANIRA a établi que la situation décrite relevait en réalité d’un conflit parental, et que le traitement médiatique du sujet sous cet angle aurait exposé l’enfant à une visibilité publique involontaire, susceptible de lui causer des préjudices psychologiques et moraux durables.
Face à l’ampleur de la polémique déjà suscitée sur les réseaux sociaux, le régulateur a décidé d’aller au-delà d’un simple rappel à l’ordre : l’épisode ne sera pas diffusé et la bande-annonce devra être retirée de l’ensemble des supports de communication et plateformes numériques de la chaîne, conformément au décret exécutif n° 24-250 de 2024 fixant le cahier des charges des services de communication audiovisuelle et à la loi n° 15-12 relative à la protection de l’enfant. L’ANIRA a par ailleurs saisi la Déléguée nationale à la protection de l’enfance, chargée d’assurer le suivi du dossier dans l’intérêt supérieur de l’enfant.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de durcissement progressif de la régulation audiovisuelle en Algérie. L’ANIRA – qui a succédé à l’ANIRAV – a multiplié les interventions depuis 2025 à l’égard des chaînes privées, avec une sévérité croissante.

Des chaines dans le collimateur

En juin 2025, le régulateur avait fermement condamné les «dérapages» d’Ennahar TV, Echourouk News TV et El Hayat TV pour avoir diffusé des émissions consacrées à des campagnes de «nettoyage des cimetières» présentant des pratiques de sorcellerie et de charlatanisme, dénonçant des contenus susceptibles d’«instiller le doute, les accusations et les tensions au sein des familles algériennes» et de nuire au développement de l’esprit critique des jeunes générations.
La même année, l’ANIRA avait mis en garde les chaînes contre une couverture médiatique jugée irresponsable lors des examens scolaires, après que plusieurs d’entre elles avaient interviewé des élèves mineurs à la sortie des centres d’examen lors du BEM, sans obtenir l’accord écrit requis par la réglementation.
Echourouk News TV avait quant à elle écopé d’une suspension de dix jours pour avoir diffusé un contenu jugé raciste et discriminatoire à l’égard de migrants africains en situation irrégulière. La chaîne avait par ailleurs fait l’objet d’une sanction pécuniaire pour infractions persistantes aux règles relatives à la publicité audiovisuelle, après une mise en demeure restée sans effet malgré un délai accordé pour se mettre en conformité.
El Heddaf TV, de son côté, avait reçu un avertissement officiel assorti d’une obligation de présenter des excuses publiques au groupe Sonelgaz, après la diffusion de propos jugés attentatoires à la réputation de l’entreprise et à la dignité de ses responsables.
Dans son communiqué de lundi, l’ANIRA a tenu à préciser qu’elle n’entend pas interdire le traitement des questions sociales et éducatives liées aux risques du monde numérique – un sujet légitime et d’intérêt public. Elle appelle néanmoins l’ensemble des chaînes audiovisuelles à «privilégier un traitement médiatique responsable et équilibré, prenant en compte la protection des mineurs et évitant toute forme de sensationnalisme ou tout ce qui est susceptible de porter atteinte à la vie privée des personnes ou des catégories vulnérables». Un appel qui sonne, au regard du palmarès récent des sanctions, davantage comme un avertissement que comme un simple vœu pieux.
T. Feriel

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