Décision votée à l’unanimité: Une unité de l’ANP au Niger

Pour la première fois depuis la guerre d’octobre 1973, l’armée algérienne s’apprête à stationner hors de ses frontières. Le Conseil de la nation a voté à l’unanimité, ce dimanche 25 octobre, l’installation d’un détachement dans une base militaire du nord du Niger.
Les deux chambres avaient été convoquées par message, sans ordre du jour, et le Niger s’est imposé avant même le vote tant les indices s’accumulaient. Le texte s’appuie sur l’article 91, alinéa 2, de la Constitution : le chef de l’État décide de l’envoi d’unités à l’étranger après approbation des deux tiers de chaque chambre. Jusqu’à cette révision constitutionnelle de 2020, la doctrine officielle d’Alger reposait sur la non-intervention militaire à l’étranger.
Le président Tebboune décidera ensuite de l’envoi effectif. Les autorités n’ont communiqué ni le nombre de soldats ni la durée du déploiement. À la sortie de la plénière, le sénateur Belkacem Boulghiti a parlé d’un détachement en « mission limitée », destiné à protéger les intérêts économiques de l’Algérie au Niger. Du côté de l’Assemblée populaire nationale, le vote était prévu dans l’après-midi, et je n’ai pu en vérifier le résultat au moment de la rédaction.
La séquence s’est accélérée en deux mois. Des tirs soutenus et des explosions ont été entendus à Niamey dans la nuit du 28 au 29 août, et le ministère algérien de la Défense a annoncé le 30 août l’envoi de Su-30 accompagnés d’un ravitailleur. Le 3 octobre, Tebboune a qualifié cette tentative de putsch de provocation, car elle est survenue juste après la visite à Alger du Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine. Il a aussi affirmé que la doctrine de défense algérienne n’avait pas changé.
Le 13 octobre, le général d’armée Saïd Chanegriha a reçu le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, qui a ensuite été reçu par Tebboune. Le vote intervient quatre jours après la signature, le 21 octobre à Alger, d’un protocole de coopération militaire entre les deux pays. Le contenu de ce protocole reste confidentiel.
Le nom de la base a été avancé par l’ancien diplomate Amar Belani. Selon lui, les forces algériennes seraient appelées à stationner à Madama, dans le nord du Niger, près de la frontière libyenne. Il rappelle que ce site fut un ancien point d’appui français, développé dans le cadre de l’opération Barkhane.
L’histoire du lieu éclaire l’enjeu. Madama est un vieux fort en pisé du début du XXe siècle, que l’armée française avait transformé en base avancée pour surveiller les mouvements venus du sud libyen, sur une route surnommée « l’autoroute du terrorisme ». Les Français y avaient fait travailler 200 militaires à la construction de la base, avec une piste de 1 000 mètres. Les militaires français ont quitté le Niger le 22 décembre 2023, après le putsch du 26 juillet qui a renversé Mohamed Bazoum. Installer l’ANP dans un site hérité de l’ère Barkhane a donc une portée symbolique en plus de son intérêt militaire, puisque l’Algérie occuperait l’espace laissé vacant par l’ancienne puissance tutélaire.
Le motif affiché est d’abord économique. En effet, le détachement doit sécuriser les investissements de Sonatrach dans le nord du Niger. Parmi eux figurent le gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie (TSGP) et l’exploitation conjointe, avec la nigérienne Sonidep, du champ pétrolier de Kafra. Sonatrach et la Sonidep ont signé en juin trois protocoles d’accord couvrant l’exploration, le forage et la distribution. Lors de la visite de Tiani à Alger, les 15 et 16 février, Tebboune avait annoncé que les travaux du projet traversant le Niger démarreraient après le Ramadhan, sous la conduite de Sonatrach. La protection militaire d’un chantier gazier de cette ampleur apparaît ainsi comme le prolongement logique de l’engagement financier.
G. Salima
