Macron sur les pas de Retailleau : La ferme riposte d’Alger

Dans un geste qui consomme une rupture longtemps préméditée, Emmanuel Macron a choisi de jeter le masque. La décision annoncée le 7 août 2025 de suspendre unilatéralement l’accord de 2013 exemptant les détenteurs de passeports diplomatiques algériens de visa n’est pas une simple mesure technique.
C’est l’aboutissement d’une stratégie d’escalade délibérée, habillée d’une rhétorique moralisatrice qui inverse cyniquement les responsabilités. C’est un acte bassement calculé par l’Élysée de rupture diplomatique avec Alger. Pire : Macron demande maintenant à son ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau d’appliquer la loi immigration de 2024 pour refuser tout visa aux diplomates et même aux demandeurs ordinaires algériens qui sont désormais interdits de visas long séjour. Une pénalisation collective qui confine à la discrimination politique.
La lettre de Macron à son Premier ministre François Bayrou exigeant « plus de fermeté et de détermination » envers l’Algérie a immédiatement déclenché une réponse ferme et digne sur le vif à Alger. Le Chargé d’Affaires de l’ambassade de la République française en Algérie a été convoqué, ce jeudi, au siège du ministère des Affaires étrangères (MAE) par le Directeur des Immunités et Privilèges, a indiqué un communiqué du ministère. Si le président français y tente vainement de justifier son injustifiable décision par « l’inflexibilité algérienne sur la question migratoire, et la non-coopération des consulats algériens en France », la réponse algérienne est immédiate et sans équivoque : « La France s’exonère de ses responsabilités et fait porter tous les torts à la partie algérienne. Rien n’est plus loin de la vérité ». Aussi, Alger a répliqué en annonçant non seulement la dénonciation définitive de l’accord de 2013, mais aussi la fin de la gratuité pour la France de 61 propriétés étatiques en Algérie.
La manœuvre de Macron est claire : instrumentaliser des contentieux bilatéraux complexes pour se draper dans une posture de « fermeté », alors que son gouvernement a méthodiquement sapé les fondements juridiques de la relation. L’hypocrisie du « respect des Accords » est enveloppée dans le discours officiel français qui présente Paris comme le gardien scrupuleux du droit face à un partenaire « défaillant ». La réalité est exactement inverse : L’accord de 1968 sur la circulation des personnes est vidé de sa substance par des restrictions administratives successives, créant une précarité organisée pour les Algériens en France. La convention consulaire de 1974 a été réduite à un texte inopérant, les consulats algériens empêchés d’exercer leur protection légale face aux expulsions arbitraires. L’Accord de 2013 sur les visas diplomatiques est suspendu unilatéralement par Paris sans consultation, violant la pratique diplomatique élémentaire.
La stratégie de l’escalade
L’Accord de 1994 sur la réadmission est instrumentalisé bien au-delà de son objet initial, servant à justifier des expulsions massives tout en ignorant que la Convention européenne des droits de l’homme protège les migrants contre les renvois abusifs. La véritable stratégie est une escalade pour masquer les défaillances françaises. Pourquoi cette hypocrisie ? Les motifs avancés par l’Élysée ne résistent pas à l’évidence : l’affaire Sansal sert de prétexte et d’instrumentalisation pour consacrer la rupture longtemps réclamée par l’extrême droite qui excelle dans la pêche aux voix dans les marécages xénophobes. Sur la question migratoire, la France oublie qu’elle viole systématiquement ses propres obligations. Des milliers d’Algériens sont expulsés sans recours effectif, tandis que Paris entrave délibérément l’action consulaire protectrice d’Alger. La vérité est plus crue : un pouvoir français affaibli sur le plan intérieur qui cherche à instrumentaliser le fonds de commerce anti-algérien, une posture de fermeté facile et non moins hypocrite. Le piètre et nauséabond ministre Retailleau, ouvertement candidat à la présidentielle, incarne cette ligne xénophobe. Le récit du « partenaire irresponsable » permet à Paris de masquer ses propres manquements et son mépris organisé du droit international.
Le double jeu de l’Élysée
Les retombées sont déjà lourdes : Alger applique la réciprocité immédiate sur les visas pour les diplomates français et réévalue les tarifs des biens étatiques utilisés par la France. Les autorités algériennes mettent leur mise en garde déjà exprimée, il y a quelques mois, à l’application en mettant fin à la mise à disposition, à titre gracieux, de biens immobiliers appartenant à l’Etat algérien au profit de l’ambassade de France en Algérie. Alger annonce ainsi « le réexamen des baux, considérablement avantageux, contractés par l’ambassade avec les OPGI d’Algérie et invite la partie française à dépêcher une délégation à Alger pour entamer les discussions à ce sujet », a souligné la diplomatie algérienne. « Il y a lieu de rappeler que la représentation diplomatique algérienne en France ne bénéficie d’aucun avantage de cette même nature. En conséquence, l’action algérienne ainsi décidée vise là également à introduire l’équilibre et la réciprocité dans la relation algéro-française globale », a indiqué la même source. La partie algérienne dénonce aussi l’Accord algéro-français de 2013 relatif à l’exemption réciproque des visas pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service. Cette dénonciation va plus loin que la simple suspension notifiée par la partie française et met définitivement un terme à l’existence même de cet accord », a-t-on ajouté. « En conséquence, et sans préjudice des délais prévus dans l’accord, le Gouvernement algérien a décidé de soumettre, avec effet immédiat, les titulaires de passeports diplomatiques et de service français à l’obligation de visas. Il se réserve, par ailleurs, le droit de soumettre l’octroi de ces visas aux mêmes conditions que celles que le Gouvernement français arrêtera pour les ressortissants algériens. Il s’agit là d’une stricte application du principe de réciprocité qui exprime, avant tout, le rejet par l’Algérie des velléités françaises de provocation, d’intimidation et de marchandage », a précisé le MAE.
Des milliers d’étudiants, travailleurs et familles binationales sont pris en otage par le pouvoir irresponsable français qui a décidé des restrictions de visas. Les coopérations sont suspendues, les ambassadeurs rappelés, et plus aucun dialogue politique fonctionnel. On n’est pas loin de la rupture des relations diplomatiques. La déclaration de Bayrou assurant que la France n’est « pas dans l’esprit d’un affrontement perpétuel » sonne creux face à la réalité des actes. La séquence ouverte par Macron n’est pas une simple péripétie diplomatique. Elle révèle une logique de confrontation où la France, tout en piétinant méthodiquement les cadres juridiques, se présente comme la victime « irréprochable » d’un partenaire « fantasmatiquement agressif ». La suspension de l’accord de 2013 est le symbole de cette diplomatie du deux poids deux mesures. En instrumentalisant le droit pour mieux le violer, en brandissant la fermeté migratoire comme étendard électoral, et en niant sa propre responsabilité historique, le pouvoir macronien a fait un choix : celui de la rupture assumée et souhaitée avec l’Algérie pour séduire les xénophobes de l’extrême droite. Un choix lourd de conséquences, qui enterre cinquante ans de relations complexes mais structurées par des accords, aujourd’hui réduits en cendres par ceux-là mêmes qui se prétendent leurs gardiens.
G. Salima
